Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/340

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ticulièrement à souffrir de cet odieux seigneur de contrebande. Je tâchais de relever ces pauvres gens courbés sous cette tyrannie humiliante, de leur faire sentir qu’ils étaient des hommes pourtant, et qu’ils seraient débarrassés de ce brigand, le jour où ils auraient le courage de lui résister et de prendre leurs fourches.

Tous étaient bien de mon avis, mais voilà, il y en avait d’apoltronis, qui cherchaient à reculer le moment d’agir, et ceux-là, tout en étant d’accord avec moi, soulevaient des difficultés, disant que le comte était bien puissant, qu’il avait toujours fait ce qu’il avait voulu, et que s’attaquer à lui c’était cracher contre le soleil et risquer les galères :

— Tu sais bien, mon pauvre Jacquou, qu’il en a coûté cher à ton père pour s’être rebellé contre ce méchant homme !

— Écoutez, leur disais-je alors, on ne condamnera pas aux galères tous ceux de nos villages ; le chef paiera pour tous : eh bien ! je prends toute la coulpe sur moi ! D’ailleurs, mes amis, les époques ne sont plus les mêmes ; nous ne sommes plus en 1815, nous sommes en 1830, et d’après ce que j’ai ouï dire à M. le chevalier de Galibert, de Fanlac, — le roi des braves gens, celui-là ! — la révolution n’est pas loin, par le fait de ceux qui voudraient nous ramener au temps d’autrefois, comme le comte de Nansac.

Dans des affaires de ce genre, on est souvent