Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/359

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venait de son dédain pour tous ces paysans qui à ses yeux n’étaient pas des hommes.

Moi, j’eus honte pour elle, et je lui dis :

— Allez vous vêtir.

Elle me dévisagea sans répondre, les bras nus toujours croisés sur sa poitrine, et ne bougea pas.

— Emmenez votre demoiselle, dis-je à une des chambrières, ou bien je vais la faire habiller par nos femmes, tout d’abord.

Alors elle se décida, mais si ses yeux avaient été des pistolets, j’étais mort.

Cependant les hommes étaient revenus et rapportaient de l’oubliette des bouts de corde et des débris d’ossements.

— À cette heure, nieras-tu ? méchant Crozat !

Il devint encore plus pâle, ferma les yeux et ne répondit pas.

— Il faut le pendre ! mille dieux ! il faut le pendre ! criaient quelques-uns.

— Si nous le pendons, m’écriai-je, il ne souffrira qu’un court instant ; dans deux minutes tout sera fini : nous avons mieux. Vous avez tous vu près de la Vézère, en allant à la dévotion de Fonpeyrine, les ruines du château de Reignac, dans la paroisse de Tursac. Il y avait là, avant la Révolution, un noble si gredin, si mauvais sujet pour les femmes, qu’on l’appelait dans le pays : le bouc de Reignac. Eh bien, ces ruines, c’est mon grand-père qui les a faites avec les gens de Tursac, fatigués des