Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/358

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crevé de faim, lentement, mangé demi-vivant par les rats, c’est grâce au chevalier de Galibert…

» Ah ! tu nies, gredin ! — fis-je en voyant le comte secouer la tête.

» Allez avec une échelle dans la prison, — dis-je à trois ou quatre autour de moi, — levez la dalle et descendez dans ce tombeau, vous y trouverez les morceaux des cordes qui m’attachaient et que j’ai usées à grand’peine contre les murailles, et vous y verrez aussi des os pourris et tombant en poussière, de quelque malheureux qui y a été jeté autrefois.

Tandis que ceux-là allaient à la prison, je me donnai garde de la plus jeune fille du comte. Elle était là près de lui à moitié vêtue, dans une attitude crâne. Ses épais cheveux fauves brillaient comme des louis d’or et retombaient en masse sur ses épaules nues ; sa bouche serrée exprimait le mépris, les ailes de son nez un peu recourbé se gonflaient de colère, et ses yeux d’un bleu sombre m’envoyaient un regard haineux, pénétrant comme une lame d’épée.

Mais en ce temps-là, je n’avais pas froid aux yeux non plus, et je la regardai fixement sans ciller. C’était une belle fille de dix-huit ans, grande, bien faite et hardie, qui se tenait là, sans honte et sans embarras, à demi nue au milieu de tout ce monde. Non pas qu’elle fût dévergondée, car elle était la seule des quatre sœurs dont on ne dît rien, mais cette attitude