Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/364

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geâtres, tandis qu’à Rouffignac et à Saint-Geyrac le tocsin sonnait à coups précipités.

— Oui ! oui ! sonnez ! sonnez !

Lorsque les gens réveillés par les cloches voyaient que c’était le château de l’Herm qui brûlait, ils ne se dérangeaient pas, disant : « Ça n’est pas un grand malheur ! » Et, s’il en venait quelques-uns, c’était par curiosité.

Quoique ces vieux bois flambassent à plaisir, les poutres et les chevrons, très forts, résistèrent longtemps ; mais pourtant, sur le matin, la charpente s’affaissa, entraînant les restes des poutres des étages inférieurs et faisant jaillir vers le ciel des milliasses d’étincelles. Alors il ne resta plus entre les murs calcinés que des débris de bois noircis brûlant sur un grand amas de braise.

À ce moment, j’entendis deux hommes se chamailler derrière moi, et, me retournant, je vis qu’ils se disputaient un fusil double, enlevé à ceux du château.

— Ce n’est pas la peine de débattre entre vous de la chape à l’évêque, mes amis. Vous savez ce qui est convenu : nul n’emportera un bouton.

Et, prenant le fusil, j’allai le lancer dans le feu par une croisée, et je revins.

— Maintenant que justice est faite, qu’on laisse aller tout ce monde ! dis-je en montrant le comte et les siens, blêmes et frissonnants sous l’air frais du matin, malgré le brasier ardent d’où montaient quelques nuages de fumée bleuâtre.