Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/372

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Les trois demoiselles aînées ajoutèrent aussi quelque peu à la vérité, d’où je connus que ceux qui avaient eu le plus de peur étaient ceux qui me chargeaient le plus.

Car la plus jeune, elle, ne témoigna rien que la vérité. Comme le président, pour guirlander mon affaire, avait donné à entendre que, lorsque j’avais été la chercher, j’avais essayé de la violenter, elle dit nettement qu’il n’en était rien ; que j’étais le chef de cette bande de brigands qui avait attaqué le château ; que moi seul y avais mis le feu ; qu’elle regrettait fort de n’avoir fait que me blesser de son coup de fusil, mais qu’autrement elle n’avait rien à me reprocher.

— Pourtant, mademoiselle, répliqua le président, l’accusé Ferral avait des égratignures au visage, et vous-même aviez du sang sur la figure.

— J’ai pu lui donner quelques coups d’ongles en me débattant, lorsqu’il m’emportait hors du château ; quant au sang que j’avais au front, c’était celui de sa blessure à la joue qui coulait sur moi.

— Voyons, mademoiselle, peut-être éprouvez-vous quelque confusion bien naturelle, à confesser cette tentative ; mais rassurez-vous, votre réputation n’en peut souffrir à aucun degré : dites-nous bien toute la vérité.

— Je l’ai dite tout entière, monsieur : je hais l’accusé, mais je n’ai pas de griefs personnels contre lui. Je dois même ajouter que sans lui,