Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/378

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Puis, passant à moi en particulier, il fit l’histoire de ma vie misérable dès ma première enfance, et raconta tous mes malheurs causés par la méchanceté barbare du comte. Lorsqu’il montra mon père miné par la fièvre, expirant sur le lit de camp du bagne ; qu’il fit voir ma mère, la vaillante femme, mourant affolée par les angoisses du désespoir, je mis un instant ma tête dans mes mains et j’essuyai mes yeux humides.

Et à mesure qu’il continuait, montrant la haine semée dans mon cœur par la malfaisance du comte, grandissant, se fortifiant avec l’âge, et la résolution de venger mes malheureux parents devenue pour moi une sorte de vertu en l’absence de toute justice humaine, on voyait sur la figure des jurés transparaître la pitié. Puis, lorsqu’il en vint à ces quatre jours que j’avais passés dans le cul de basse-fosse de l’Herm, torturé par la faim et la désespérance, destiné à être dévoré à moitié vivant par les rats, il y eut dans le public un frémissement suivi d’un murmure sourd.

— Comment cet acte d’odieuse tyrannie qui nous reporte aux plus tristes temps de la féodalité, comment cet abominable crime est-il resté impuni ? s’écria-t-il. Comment ce coupable, qui perpétue dans ce siècle les plus criminelles violences des plus méchants hobereaux du temps passé, n’a-t-il pas été atteint et puni ?

» Ah ! il ne faut pas s’étonner, messieurs, que