Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/398

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de mon chien. Je jouissais de me retrouver seul, débarrassé de la sujétion du mercenaire et des propos importuns, et je m’entretenais avec mes souvenirs.


En quittant les Maurezies, j’avais cru, je ne sais pourquoi, laisser derrière moi la pensée de cette Galiote qui me tourmentait, mais il n’en était rien. En fermant les yeux, il me semblait la voir encore dans la cour du château, les cheveux dénoués, les épaules nues, les narines frémissantes, me jeter un regard acéré. Et je croyais la tenir encore dans mes bras, me révélant à son insu, en se débattant, les beautés de son corps, furieuse de recevoir sur son front des gouttes de mon sang.

Ah ! ce n’était plus le sentiment doux et profond qui m’attachait à Lina ; ce n’était plus cette tendresse de cœur qui faisait que je ne voyais qu’elle au monde, mais un furieux appétit de la chair superbe de cette créature. Je ne l’aimais pas, je la haïssais plutôt, et cependant j’étais entraîné vers elle, je la voulais avec rage. Je me révoltais contre cette passion, je m’accusais de lâcheté pour mêler ainsi à la haine que j’avais vouée à cette race maudite des Nansac un désir qui l’affaiblissait. Mais, malgré tout, je ne réussissais pas à chasser de mon esprit cette vision qui le hantait.

Pourtant, quoique impuissant à repousser cette obsession humiliante, je me sentais encore