Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/410

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impunis. Des marchands venus de loin, des porte-balle courant les foires avec leur argent dans une ceinture de cuir, disparaissaient sans qu’on y prît garde. Ce n’est que longtemps après, ne les voyant pas revenir, qu’on s’en inquiétait dans leur pays. De savoir alors au juste où, comment et à quelle époque ils avaient disparu, et surtout quels étaient les assassins, les parents au loin en étaient bien empêchés : autant chercher une aiguille dans un grenier à foin. C’était d’autant plus difficile, que les brigands, les faisaient disparaître pour toujours dans des endroits comme l’abîme du Gour, ou encore le trou de Pomeissac près du Bugue, où tant de personnes ont été jetées, après avoir été assassinées sur le grand chemin voisin, qu’on a été obligé de le faire boucher…

Mais laissons ces brigandages. Je restai quelque temps tout imbécile, tirassé entre une grande envie de revoir la Galiote, et ma conscience qui me le défendait. J’étais ennuyé et fatigué de ça et je me disais quelquefois qu’autant vaudrait pour moi être au fond d’un de ces abîmes d’où l’on ne remonte pas. « Ah ! me disais-je, si j’étais couché pour toujours à côté des os de ma Lina, tout serait fini ! Que puis-je attendre de l’existence, sinon la misère et le crève-cœur de mes regrets ? » Car j’avais beau être entraîné vers cette fille du diable, l’appéter comme un fou, je n’en gardais pas moins le souvenir très pur et très cher de mes premières amours, que