Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/409

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Je restai là une heure encore, puis je revins vers les Âges, pensant toujours à la Galiote, marchant doucement, comme celui qui n’est pas pressé de se coucher, parce qu’il sait qu’il ne dormira pas. J’étais à une portée de fusil de la maison, lorsque tout à coup, bien loin, dans la direction de la cafourche déserte de la route de Bordeaux à Brives et du grand chemin d’Angoulême à Sarlat, j’ouïs s’élever dans la nuit un grand cri d’appel : « Au secours ! » étouffé soudain comme si l’homme avait été brusquement pris à la gorge ou assommé d’un seul coup. Les cheveux m’en levèrent sur la tête : « C’est quelque malheureux qu’on assassine », me dis-je, et aussitôt je me mis à courir de ce côté. Arrivé à la cafourche, tout essoufflé, suant, je ne vis rien. Je suivis la route jusqu’à la croix de l’Orme, criant : « Hô ! hô ! » pour avertir, s’il n’était pas trop tard, puis je remontai à l’opposé vers le Jarripigier, criant toujours de temps en temps, mais je ne vis ni n’entendis rien, de manière qu’après avoir cherché, viré pendant trois quarts d’heure environ, je m’en retournai aux Âges, où je me jetai sur la fougère pour essayer de dormir. Mais ce cri terrible, angoissé, joint à ce que j’avais l’esprit troublé par la passion, m’empêcha de fermer l’œil. « Peut-être, me disais-je, est-ce quelque pauvre diable allant à une foire des environs que ces scélérats auront assommé et jeté ensuite dans le Gour. »

En ce temps-là, il y avait beaucoup de crimes