Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/42

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dit mon père en serrant les poings et en regardant Mascret, les yeux pleins de colère ; — et vous, n’en faites rien, sans quoi il arrivera un malheur !

— Pourtant, si on me le commande, il faudra bien que j’obéisse, dit le garde ; à votre place, moi, je vendrais la chienne. M. le comte assure, que, d’après les anciennes lois, un paysan ne peut avoir de chien de chasse, qui n’ait le jarret coupé.

— C’est bon, fit mon père, rapportez-leur seulement ce que je vous ai dit.

Il y eut un moment de silence après le départ de Mascret, puis ma mère fit :

— Mon pauvre Martissou, le mieux, c’est de vendre la chienne, comme dit le garde ; le notaire de Ladouze te l’a demandée plusieurs fois, mène-la-lui : il t’en donnera bien quatre ou cinq écus peut-être, puisqu’elle est bonne pour suivre le lièvre.

— Je ne veux pas la vendre ! répondit mon père.

— Alors, mène-la chez ton cousin de Cendrieux : il te la gardera jusqu’à tant que nous partions d’ici, car nous ne pouvons plus y rester ; il arriverait quelque chose.

— Femme, tu as raison, à ce coup, dit sourdement mon père : je l’y mènerai dimanche qui vient.

Le samedi, comme mon père liait les bœufs pour aller querir de la bruyère, un individu à