Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/425

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de blaireau et deux peaux de renard que j’avais aux Âges, et de là je fus à Thenon les vendre à un marchand qui me les achetait d’habitude. Sur les trois heures de l’après-midi j’étais à Bars, ayant assemblé les huit francs au moyen du prix des peaux et d’une avance que m’avait faite le marchand.

La voisine alla remettre l’argent au curé, qui lui dit alors que l’enterrement serait pour les cinq heures.

À cinq heures donc, avec trois autres hommes, nous portâmes la caisse à l’église sans peiner beaucoup, car la pauvre femme n’était guère lourde, et puis l’église était tout près.

Le curé attendait en surplis, son étole autour du cou, son bonnet carré sur la tête. Il eut bientôt dépêché les prières, et, un quart d’heure après, nous allions au cimetière ; lui devant, avec le marguillier qui portait la croix et le seau d’eau bénite, et, derrière le corps, la Bertrille avec quelques femmes.

Après que tout fut parachevé, j’allai vers l’endroit où ma mère était enterrée. Que dirai-je ? Ça n’y fait rien, n’est-ce pas, que par-dessus les six pieds de terre qui recouvrent les os d’une pauvre créature, il y ait des fleurs ou des herbes sauvages ; mais nous nous laissons facilement prendre par les yeux sans écouter la raison. Aussi, lorsque je vis ce coin plein de pierres des murs à moitié écrasés, envahi par les ronces, où foisonnaient les choux-d’âne, les mauves et