Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/432

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


— Et c’est bien la vérité, ma Bertrille ; celui-là est riche qui est content, et ce soir nous sommes riches, n’est-ce pas ? Et puis, — ajoutai-je un peu pour rire, — nous le serons encore plus, lorsqu’il y aura des petits droles !

— Oui, mon Jacquou, répondit-elle tout simplement.

— À la garde de Dieu ! — repris-je en lui versant deux doigts de vin ; — nous sommes l’un et l’autre forts et courageux ; j’ai la foi que nous nous tirerons bien des misères de la vie… À ta santé, ma Bertrille !

— À la tienne, mon Jacquou !

Et, ayant trinqué et bu une dernière fois, comme il faisait froid, nous allâmes vers le foyer, en continuant à deviser.

Nous restâmes là longtemps. Le chien, repu, dormait en rond dans un coin de l’âtre, et dans l’autre, assis sur la tronce, nous étions serrés l’un près de l’autre, ma femme ayant sa tête appuyée sur ma poitrine, moi l’entourant de mon bras.

Au dehors le vent d’hiver soufflait âpre et s’engouffrait parfois dans la cheminée, refoulant la fumée et faisant vaciller la flamme du chalel pendu au manteau. Je sentais contre moi le cœur de ma femme battre à coups sourds et répétés, et j’étais heureux.

Ma pensée se tournait vers le lointain de cet avenir où nous entrions tous deux, et tout en rêvant à cela, je regardais machinalement les