Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/454

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J’eus tort certainement de ne pas me rappeler, en cette occasion, les leçons du curé Bonal qui prêchait sans cesse la miséricorde. Mais la pensée que cette misérable mère avait tant fait souffrir, et finalement tué, on peut le dire, sa propre fille, la plus douce et la meilleure des créatures, me révoltait et me rendait fou de colère. Et puis, sans doute, il faut bien être miséricordieux, mais il faut faire attention, aussi, que si l’on est trop facile à pardonner, ça encourage les mauvais. Ceux dont la conscience est morte ont besoin que la conscience des autres leur rappelle leurs fautes et leurs crimes. De plus, l’horreur qu’inspirent les méchants est un juste châtiment pour eux, et sert d’avertissement à ceux qui seraient tentés de les imiter. Au reste, ce que j’avais souhaité arriva : un matin d’hiver, on trouva la Mathive morte sur un chemin entre Martillat et Prisse, et à moitié mangée par les loups.

Puisque j’ai nommé ce fameux Guilhem tout à l’heure, j’en dirai encore ceci que, peu de temps après la mort de la Mathive, il fut condamné aux galères à perpétuité pour avoir, un soir de foire à Ladouze, assommé et dévalisé un marchand de cochons, de Thenon, sur la grande route, à la Croix-de-Ruchard : ainsi devait-il finir.


Tout ça est loin maintenant. J’ai à cette heure quatre-vingt-dix ans, et ces choses, quoique un