Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/60

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n’apparaissait, et, tout autour des bâtiments, les terres de la métairie environnées de grandes landes grises, au delà desquelles, du côté du nord et du couchant, étaient les bois profonds. Par moments, fatigué d’être assis et de contempler cet horizon brumeux et désolé comme l’avenir que j’entrevoyais confusément dans mes idées d’enfant, je me levais et je faisais le tour de la maison, ou bien j’allais voir les bœufs, qui ruminaient tranquillement sur leur paillade et se dressaient en me voyant entrer. Je leur donnais quelques fourchées de foin, et je m’en retournais, épiant au loin sur les chemins si ma mère revenait. Dans leur étable, les brebis bêlaient, ayant faim, et, de temps à autre, je leur jetais une petite brassée de regain pour leur faire prendre patience.

Et je me rasseyais, regardant fixement la place où était tombé Laborie, qu’il me semblait voir encore, avec sa bouche ouverte, ses yeux épouvantés et la plaie sanglante de sa poitrine.

Sur les cinq heures, nos quatre poules revinrent des terres où elles avaient été picorer, et, après s’être un peu épouillées, se décidèrent à monter une à une la petite échelle de leur poulailler. Le jour baissait, et je commençais à m’inquiéter de ne pas voir arriver ma mère, lorsque pourtant mon oreille, habituée par la vie de plein air à ouïr de loin, reconnut son pas précipité venant du côté du couchant. Enfin elle arriva, harassée de fatigue, essoufflée, car