Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/61

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elle s’était hâtée beaucoup, à cause de moi. Je courus à sa rencontre, et elle m’embrassa bien fort, comme si elle avait cru m’avoir perdu ; puis nous entrâmes tous deux dans la maison noire.

En fouillant sous les cendres du foyer, ma mère trouva une braise, et finit par allumer le chalel à force de souffler. Puis, ayant fait du feu, elle pela un oignon, le coupa en petits morceaux, et mit la poêle sur le feu, avec un peu de graisse, la moitié d’une pleine cuiller : c’était tout ce qui restait à la maison. L’oignon étant frit, elle remplit la poêle d’eau, tailla le pain dans la soupière, et, lorsque l’eau eut pris le boût, elle la versa dessus. Ordinairement, chez les pauvres gens de nos pays, on mettait une pincée de poivre sur la soupe pour lui donner un peu de goût, mais nous n’en avions plus. Dire que ce méchant bouillon sur de mauvais pain noir faisait quelque chose de bon, ça ne se peut ; mais c’était chaud, et ça valait encore mieux que du pain tout sec ou une pomme de terre froide ; ayant mangé notre soupe, nous nous mîmes au lit.

L’homme de Saint-Geyrac avait dit à ma mère qu’elle pouvait aller demeurer à la tuilière, qu’il ne lui demandait rien, mais que la maison était en mauvais état. Avant de partir, il nous fallut prendre un homme pour faire l’estimation du cheptel avec le nouveau régisseur de l’Herm. L’estimation faite, ma mère