Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/63

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La charrette prit d’abord le mauvais chemin qui allait vers le Lac-Viel, chemin pierreux où le chargement était fort secoué. L’homme de la Mïon avait apporté du foin pour faire manger ses bœufs, et ma mère m’avait assis dessus, derrière la charrette qu’elle suivait. Tandis que nous passions aux Bessèdes, deux femmes tenant leurs petits droles par la main, et un vieux assis sur une souche, nous regardaient passer. Dans les yeux de ceux d’âge, on sentait la compassion de nous voir nous en aller comme ça, seuls désormais, sans le père.

Tous ces pays maintenant sont pleins de chemins et de routes. On en a fait une de Thenon à Rouffignac, qui longe la forêt et la traverse sur la moitié de sa longueur ; une autre qui la coupe en biais venant de Fossemagne et allant s’embrancher sur celle de Thenon près de la Cabane, et encore une troisième, plus vers le couchant, qui vient du côté de Milhac-d’Auberoche et joint aussi la route de Thenon à Rouffignac, entre Balou et Meyrignac : on peut donc passer la forêt facilement. Mais, en ce temps dont je parle, elle était bien plus grande qu’aujourd’hui, car depuis quatre-vingts ans on a beaucoup défriché, et il n’y avait lors de marqués que deux mauvais grands chemins longeant les lisières, que l’eau ravinait l’hiver et noyait dans les fonds, ou des sentiers sous bois fréquentés par les charbonniers et les braconniers. Peu après avoir dépassé les Bessèdes,