Page:Eugène Le Roy - Jacquou le Croquant.djvu/82

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messieurs de Nansac, eux et lui l’ayant poussé à bout, jusqu’à lui venir tuer la chienne dans la cour.

— Ah ! les canailles ! s’écria la vieille. Il y en a bien par ici qui en feraient autant ! ajouta-t-elle en posant sa quenouille. Avant la Révolution, il n’y a pas de gueuseries qu’ils ne nous aient faites ! Et depuis qu’ils sont revenus, ils recommencent, surtout depuis quelque temps !

Elle se leva brusquement, là-dessus, alla fermer la porte et alluma la lampe :

— Voyez-vous, pauvre femme, dit-elle, ces nobles sont toujours les mêmes, faisant les maîtres, orgueilleux comme des coqs d’Inde et durs pour les pauvres gens. Mais quand l’autre reviendra, il se souviendra qu’ils l’ont trahi, et il les jettera à la porte…

— L’autre ? fit ma mère.

— Eh ! oui… Poléon, qu’ils ont envoyé à cinq cent mille lieues, par delà les mers, dans une île déserte.

Ma mère avait bien ouï parler quelquefois, le dimanche, devant l’église, d’un certain Napoléon, qui était empereur, et qui avait tant bataillé que beaucoup de conscrits du Périgord étaient restés par là-bas, dans des pays inconnus ; mais du côté de la Forêt Barade, on n’était pas bien au courant et elle répondit simplement :

— Alors il est fort à désirer qu’il revienne tôt, puisque c’est un ami des pauvres gens, car nous sommes trop malheureux !