Page:Europe, revue mensuelle, No 189, 1938-09-15.djvu/84

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de ses bas, mais il commençait à ronronner et il n’eut pas le courage de se lever. Pauline n’était pas une femme avec qui il fût question de coucher ; elle se défendait avec une présence d’esprit obstinée qui n’entravait guère sa poursuite du plaisir. Elle ferma les yeux ; le fard disparut de ses joues ; le mouvement de son ventre faisait penser au battement saccadé et rêveur de l’abdomen d’un insecte ; elle était solitaire, absolument enfermée en elle-même, dans l’application étrange du plaisir ; son cœur battait durement dans tout ce profond travail ; Laforgue se rappelait qu’il ne s’était pas rasé le matin, et que Pauline aurait des points rouges autour de la bouche et des plaques roses au creux de l’épaule, mais comme il pensait à cette étrangère avec rancune, il se disait que c’était bien fait. Ces caresses, ces mouvements, ces respirations coupées faisaient une torpeur taciturne et mouvante, une précipitation aveugle, une maussaderie dont on ne voyait pas la fin. Pauline serra soudain les dents, rouvrit les yeux, et Laforgue épia avec rage cet air d’égarement, cette angoisse de coureur au bout de son effort ; le corps de la jeune fille se tendit, ses cuisses se serrèrent avec une force incroyable sur le poignet de Laforgue qui atteignit lui-même un plaisir incertain.

Pauline s’abandonna, posa une main sur son sein :

— Nous sommes insensés, soupira-t-elle.

Elle s’étira, elle referma les yeux. Plus tard, elle se souleva sur un coude et prit une glace dans son sac, se regarda :

— Comme je suis faite ! s’écria-t-elle.

— Défaite, dit Philippe.

Elle était échevelée, une rosée de sueur perlait encore sur ses tempes, aux ailes de son nez, à la racine de ses cheveux, après le dur engendrement du plaisir. Laforgue regardait ces lèvres blanches :

— L’amour n’arrange pas les femmes, se dit-il.

— Essuyez votre bouche, dit Pauline. Si vos amis voyaient tout ce rouge…

Elle couvrit ses seins, qui étaient attachés un peu bas et elle se leva pour passer sa robe. Pauline réussissait avec une promptitude admirable le passage difficile des désordres du plaisir à la vie de société : avec son visage net, ses cheveux