Page:Europe, revue mensuelle, No 189, 1938-09-15.djvu/94

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lointains que l’Indochine ou que Madagascar, mais tout de même bien loin des mères ! Là-dessus le maréchal Foch était mort, le même mois que les soldats de l’Armée du Rhin auxquels on avait un peu moins pensé. Quelle occasion d’aller faire la queue au bout de la rue de Grenelle, en plein faubourg Saint-Germain, avec des Anglais, des nurses du Champ-de-Mars, de vieilles dames et des prêtres pour voir à quoi ressemble le deuil des familles illustres, et les vieux maréchaux vainqueurs s’établir dans la mort avec leur mentonnière ! Mais en avril, quand des soldats fraternisèrent dans le Gard avec les mineurs en grève qu’ils avaient pourtant pour consigne d’écarter des puits, les gens en eurent par-dessus la tête de toutes ces histoires de militaires où il n’y avait vraiment que les maréchaux de possible, et encore. Enfin, les dames se sentaient rassurées, c’étaient les mêmes qui devaient parler quelques années plus tard de l’avant-crise comme elles avaient parlé en vingt-huit de l’avant-guerre et à qui l’on entendait dire dans les salons qu’à la dernière guerre on leur avait pris leurs fils et que pour la France passe encore, mais qu’à la prochaine guerre on leur prendrait aussi leur argent : elles avaient besoin d’être tranquillisées. Heureusement, le préfet Chiappe montra cette année-là qu’avec lui l’ordre ne risquait rien et on se dit qu’après le 1er mai et le 1er août, les communistes en avaient pour longtemps avant d’avoir pansé toutes leurs blessures.

Un soir, vers la fin du mois de mars, rue d’Ulm, Rosenthal s’écria que la Révolution exigeait d’eux beaucoup plus que des articles.

— On écrit, dit-il, et on croit que la Révolution est faite. On tombe, — nous tombons — dans les fantaisies post-révolutionnaires. Vous êtes satisfaits ? Oui ou non ? Vous ne dites rien ? La confiance dans la révolution ne se mesure qu’aux sacrifices qu’on lui fait et aux risques qu’on court pour elle…

— C’est à peu près ce que j’ai toujours eu l’honneur de te dire, répondit Laforgue.

Le lendemain, Bloyé dit à Laforgue :

— Voilà quatre mois que la revue dure, c’est bien long… Rosenthal doit avoir des idées de derrière la tête. On lui