Page:Europe, revue mensuelle, No 189, 1938-09-15.djvu/96

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


tous ses tambours devant une maison ancienne bâtie dans cette pierre de taille un peu tendre qu’on rencontre assez tôt sur les routes du Vexin. La pluie venait de cesser, les branches encore noires, à peine bourgeonnantes après l’interminable hiver, les glycines au-dessus de la grille s’égouttaient. Rosenthal sonna à la porte de fer ; une jeune femme sortit sur le perron et leur cria d’entrer, et ils poussèrent la porte du jardin.

— Bonjour, Rosenthal, vous allez bien ? demanda la jeune femme. Vous n’avez pas eu peur de toute cette pluie ?

— Pas question, répondit Bernard. C’était même plutôt agréable. Simone, voici les amis dont je vous ai parlé.

— Je suis sûre que François va être ravi de les connaître, dit-elle.

Elle leur serra la main, longuement, en les regardant dans les yeux d’un regard un peu myope. Elle était blonde, fardée et assez maigre, sa main avait des os d’une petitesse et d’une sécheresse inquiétantes. Ils entrèrent ; des flaques d’eau se formèrent aussitôt sous leurs imperméables. Dans la salle à manger, il y avait des housses au crochet, des abat-jour, des assiettes à légendes sur les murs, un tapis vert passé, brodé de fleurs jaunes, sur une table ronde où des tas de revues et de journaux traînaient. La jeune femme surprit leurs regards.

— C’est assez sordide, n’est-ce pas, dit-elle. Mais il fallait à François un endroit tranquille pour travailler ; à Paris, il ne peut rien faire avec tous ses rendez-vous et cet horrible téléphone. Je vais vous faire du thé, vous devez être gelés…

Elle sortit, ils entendirent remuer des tasses, ils s’approchèrent du feu de bois qui brûlait au fond de la cheminée de marbre noir.

— Qu’est-ce que c’est que cette dame ? demanda Laforgue, et de qui parle-t-on ?

— Vous êtes chez un de mes amis, répondit Rosenthal. Il va descendre.

La jeune femme revint. Ils attendirent encore quelque temps en buvant dans des verres du thé avec des ronds de citron.

— Est-ce que vous aimez au moins le thé à la russe ? disait-elle.