Page:Evariste Huc - Empire chinois ed 5 vol 2.djvu/98

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Lorsque nous fûmes arrivés au palais communal, nous nous empressâmes de demander au gardien des renseignements sur le personnage qui avait été l’objet de la cérémonie dont nous avions été témoins à l’entrée de la ville. On nous dit que le mandarin militaire que nous avions vu partir en si grande pompe était disgracié ; victime de faux rapports qu’on avait adressés contre lui à Péking, il était déchu d’un grade dans la hiérarchie militaire, et envoyé dans un poste moins important. Cependant le peuple, qui n’avait eu qu’à se louer de sa paternelle administration pendant son séjour à Han-tchouan, avait voulu protester contre cette injustice par une solennelle manifestation. On lui avait donc offert, selon l’usage, une paire de bottes d’honneur, en témoignage de sympathie, et l’on avait gardé celles dont il s’était déjà servi, pour les suspendre à une des portes de la ville, comme un précieux souvenir de sa bonne administration.

Cet usage singulier de déchausser un mandarin quand il quitte un pays est très-répandu et remonte à une haute antiquité : c’est un moyen adopté par les Chinois pour protester contre les injustices du gouvernement, et témoigner leur reconnaissance et leur admiration au magistrat qui a exercé sa charge en Père et Mère du peuple. Dans presque toutes les villes de la Chine, on aperçoit, aux voûtes des grandes portes d’entrée, de riches assortiments de vieilles bottes toutes poudreuses et tombant quelquefois de vétusté. C’est là une des gloires, un des ornements les plus beaux de la cité. L’archéologie de ces antiques et honorables chaussures peut donner, d’une manière approximative, le nombre des