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CHAPITRE VIII.
L’ARBRE VERDOYANT.


La taverne de l’Arbre Verdoyant, à Heidelberg, était assez mal notée auprès des polices bavaroise et autrichienne. C’était cependant une belle taverne, portant pour enseigne un chêne dont les feuilles chatoyaient comme autant d’émeraudes, et qui, pas plus tard que l’été précédent, avait été repeint à neuf.

On y buvait beaucoup de vin du Rhin et beaucoup de bière forte. Son propriétaire et seigneur, Elias Kopp, avait suivi autrefois les cours de l’université avec une distinction grande. Il avait mis à mal bien des philistins en sa vie, et son âge mûr gardait pour récompense la pratique assidue des étudiants unis, et le titre enviable d’arbiter elegantiarum.

Tous les mardis, la pièce principale de son établissement se transformait en une salle de bal, — un bal honnête et d’excellent ton, où messieurs les docteurs ne dédaignaient point d’amener leurs fraîches héritières.

À ces fêtes de famille, on respirait un parfum souverainement scolastique. Les conversations s’y faisaient en pur latin ; les plaisanteries y étaient renouvelées de Plaute ou même d’Aristophane. Ce n’étaient qu’étudiants amoureux et graves professeurs tout affolés en philosophie.