Page:Féval - Le Fils du diable - Tomes 1-2.djvu/337

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je le veux, Gertraud… et je donnerais ma vie pour soulager ma vieille mère… Mais vous êtes une enfant, ma pauvre Gertraud ! et l’argent que vous avez appartient à votre père !

— Il est à moi ! s’écria la jeune fille dont le regard brilla d’espoir : — Oh ! je ne mentirais pas, même pour vous sauver, Jean !… Il est à moi, tout à moi !… c’est mon petit trésor ! Et comme je remercie Dieu de l’avoir gardé jusqu’à ce jour !…

Jean Regnault avait bien de la joie dans le cœur, parmi sa détresse. La tendresse de Gertraud se montrait à lui si naïve et si dévouée ! Il souffrait cruellement, — mais il était heureux comme un roi.

Et il ne se sentait plus la force de refuser longtemps. La douce voix de Gertraud plaidait éloquemment auprès de sa conscience, et la pensée de son aïeule au désespoir venait en aide à la voix de Gertraud.

— Je ne veux pas, dit-il encore faiblement ; — non… non, je ne peux pas.

Un éclair de pétulant courroux brilla dans les yeux de Gertraud ; puis elle se laissa glisser sur ses deux genoux.

Elle mit ses mains dans celles de Jean et leva sur lui son beau regard humide.

— Je vous en prie ! murmura-t-elle.

Jean l’attira vers lui et la serra passionnément contre son cœur.

— Oh ! que je vous aime ! Gertraud, dit-il.

La bourse, acceptée, passa dans la poche de sa veste de velours.

Gertraud, folle de joie, bondit sur ses pieds en riant et en pleurant.

Elle jeta ses deux bras autour du cou de Jean et couvrit son front de baisers.

— Oh ! moi aussi, je vous aime ! dit-elle. Mon pauvre Jean, je ne vous ai jamais tant aimé !… Merci !… merci !

Jean la croyait encore entre ses bras, qu’elle sautait déjà de marche en marche, légère comme un oiseau, et qu’elle lui jetait du haut de l’escalier un dernier baiser avec un dernier sourire.



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