Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/18

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été, les bons députée du bas du fleuve venaient à Québec en goélette. Ils amarraient leurs embarcations au rivage et y logeaient durant toute la session. Chaque soir, après la séance, ils redescendaient à la Basse-Ville en chantant la Claire Fontaine ; et les principales lumières que l’on voyait briller sur le fleuve, durant la nuit, étaient des lumières parlementaires.

Un jour, — cette fois c’était l’hiver, — on vif s’arrêter à la porte du Parlement une grande traîne surchargée de coffres. Un brave homme et sa femme en descendirent, regardèrent longtemps chacune des vingt-quatre fenêtres de la façade de l’édifice et finirent par se décider à frapper à la porte. Un messager vint ouvrir.

Le voyageur lui présenta ses civilités et lui dit qu’il était le membre pour le comté de Berthier ; qu’il venait avec sa femme prendre son siège et qu’il avait apporté ses provisions pour l’hiver.

Il ne lui manquait qu’un poêle de cuisine, et il espérait bien qu’il y en avait un dans sa chambre.

La vie politique est une école de scepticisme. Le messager, nourri dans la Chambre, jugea son homme et le fit causer. Le membre pour Berthier comptait trouver une chambre toute prête dans la maison du Parlement, pour lui et sa femme, s’y installer commodément, y consommer les vivres qu’il avait apportés, et, lorsque son approvisionnement serait épuisé, s’en retourner dans son village.

Le messager fut forcé de lui dévoiler l’âpre réalité, de lui avouer qu’il n’y avait pas de chambre pour lui en Parlement. Alors, enfonçant son casque sur ses yeux, le député tourna le dos pour toujours à l’arène parlementaire, et, d’un vigoureux coup de fouet, il fit reprendre à son cheval la route de Berthier.

En arrivant, l’on ne voit que la Basse et la Haute-Ville, et l’on croit que c’est tout Québec. On ne songe ni à St. Roch et St. Sauveur, qui sont derrière, ni aux trois Lévis, qui sont vis-à-vis. Il faut pourtant en tenir grand compte en assignant à