Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/199

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Il n’acheva pas ; il se jeta tout en larmes dans mes bras. Je lui offris sur mon sein un abri sûr.

— Remets-toi, lui dis-je. On nous regarde. Mais pourquoi ces pleurs ?

D’un geste muet, il tira de sa poche le journal qui annonçait, en termes de condoléance, que j’allais à Paris chercher la santé que me refusait, — l’auteur ne disait pas pourquoi, — l’air de mon pays.

Je compris tout, et cependant j’éprouvai tout d’abord un léger sentiment de malaise. Mon médecin n’avait-il pas voulu, par cet entrefilet prophétique, préparer ma famille à ma fin prématurée ?

La fortune ne voulut pas me laisser partir avec ce doute dans l’âme.

En prenant congé de moi, l’un de mes amis se pencha à mon oreille et me dit :

— As-tu lu mon article dans le journal de ce matin ? C’est bien tapé, c’est senti, n’est-ce pas ? Pour corser la chose et te rendre intéressant, j’ai insinué, à la fin, que tu étais mourant et que tu ne reverrais peut-être pas la rue Notre-Dame.

— Bien entendu, ajouta-t-il, en me tapant sur le ventre, bien entendu, je n’en pense rien.


Lorsque ce n’est pas pour rétablir sa santé que l’on va en Europe, c’est pour régler la question d’Orient ou pour épouser la fille d’un roitelet de Germanie, épris de l’idée de faire sauter sur ses genoux des petits-enfants qui parleront Huron, comme on parle Allemand, de naissance.

On part en caressant l’arrière-pensée de faire sensation en Europe.

Le bel homme se demande ce que penseront de lui les Parisiennes.