Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/67

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L’INVASION FÉNIENNE.


Québec, 9 mars 1866.


Minuit venait de sonner à tous les cadrans de la ville, comme on dit dans les romans qui commencent à l’heure où les gens se couchent. J’emploie cette formule consacrée, quoique je ne sois pas bien sûr qu’il y ait des cadrans en activité à Québec. Tout le monde, ou presque tout le monde, dormait : les gens paisibles d’un sommeil léger, les soldats en ronflant, lorsque tout à coup on entendit retentir dans les rues les grelots des chevaux lancés au galop ; aussitôt les sonnettes s’ébranlèrent, les marteaux retombèrent à coups pressés ; et bientôt, à la hauteur des fenêtres du second étage, apparut une ligne blanche de bonnets de nuit agités par la curiosité ou la stupeur. Une même pensée souleva les coiffures nocturnes et transperça l’âme de tous ces gens à moitié éveillés : « Les Féniens viennent d’opérer une descente à la Basse-Ville et se fortifient dans le marché neuf. »

L’appel aux armes retentissait de toutes parts poussé par des voix enrouées par le froid de la nuit. Chaque maison qui