Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/68

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


recèle un défenseur de la patrie, était sens dessus dessous. On voyait des volontaires sortir en toute hâte et courir au poste, sans prendre le temps d’achever de passer leur pantalon. Les officiers, les sergents, avaient fort à faire de retrouver leurs soldats dispersés dans toute la ville et endormis dans tous les coins. Une fois les résidences trouvées, il fallait se faire ouvrir, tirer les dormeurs de leurs lits, leur annoncer en deux temps la joyeuse nouvelle du départ pour la frontière avant le lever de l’aurore, et courir chez le voisin recommencer la même besogne. On devine comme il doit être agréable d’être réveillé en sursaut, dans son premier sommeil, par un individu qui vous informe que les Féniens vous attendent sur la frontière. On se retourne du côté du mur, en disant : « Allez vous promener à la frontière, vous-même ! »

Mais, plaisanteries à part, l’instinct belliqueux a bien vite dissipé chez nos volontaires les ombres du sommeil ; et, une heure ou deux après l’appel aux armes, ils étaient réunis en grand nombre au poste, pleins d’ardeur et de vaillance. Cette alerte au milieu de la nuit, cette revue à la lumière des étoiles, surexcitaient l’entrain militaire. Personne ne regrettait son lit, et tous étaient prêts à entrer sur l’heure en campagne.


Il est évident que l’on a voulu éprouver les volontaires, comme l’on a éprouvé la ville, l’année dernière, en tirant des volées de coups de canon à deux heures du matin. Sans cela, pourquoi n’aurait-on pas attendu au matin pour battre le rappel ? L’ennemi n’était pas à nos portes et l’on ne perdait rien à laisser dormir les volontaires jusqu’à l’aurore. Mais tout est pour le mieux, car ils ont prouvé qu’ils étaient prêts, à toute heure de la nuit comme du jour, à voler à la défense de nos frontières.