Page:Fabre - Chroniques, 1877.djvu/83

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


AU MARCHÉ.


Québec, 20 mai 1866.


J’ai éprouvé, samedi, une des plus fortes émotions de la vie domestique. Cette émotion, la plupart de mes lecteurs et de mes lectrices l’ont éprouvée comme moi. Je ne ferai donc qu’écrire leur histoire en racontant la mienne. Pour bon nombre de gens cependant, ce n’est plus une émotion, c’est une habitude, mais je n’en suis pas encore là.

Je suis allé, comme suppléant, faire mon marché, et j’en ai rapporté un approvisionnement qui met ma famille à l’abri de la famine jusqu’à la semaine prochaine et une chronique que je vais vous servir toute fraîche.

Lorsque j’étais gamin (il y a de cela déjà trop longtemps), j’allais au marché acheter de jeunes coqs, qu’au retour, je rangeais en deux corps de bataille, au milieu de la basse-cour. La lutte s’engageait sous mes yeux : tant que la victoire était indécise, mes sympathies allaient d’un combattant à un autre ;