Page:Faguet - Le Pacifisme.djvu/43

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étant ainsi devenu la règle commune des citoyens, la loi de nature n’a plus lieu qu’entre les diverses sociétés... Les corps politiques restant entre eux dans l’état de nature se ressentirent bientôt des inconvénients qui avaient forcé les particuliers d’en sortir, et cet état devint encore plus funeste entre ces grands corps qu’il ne l’avait été auparavant entre les individus... » (Inégalité.)

Il n’y a pas selon lui de société générale du genre humain, et il semble bien qu’il est persuadé qu’il ne peut pas y en avoir. Cette société n’est qu’une abstraction des philosophes. Si elle existait, même en puissance, il y aurait une sorte de sensorium commune servant à la communication entre toutes les parties de cet ensemble ; il y aurait une langue universelle. Ce qui nous fait rêver d’une société universelle, ce sont nos sociétés particulières ; mais les sociétés particulières ont seules une réalité concrète ; « l’établissement des petites républiques nous fait songer à la grande, et nous ne commençons proprement à devenir hommes qu’après avoir été citoyens. Par où l’on voit ce qu’il faut penser de ces prétendus cosmopolites qui, justifiant leur amour pour la patrie par leur amour pour le genre humain, se vantent d’aimer tout le monde pour avoir le droit de n’aimer personne[1]. »

  1. Contrat social, rédaction primitive, édition Dreyfus-Brisac. Cf. Jean-Jacques Rousseau et le droit des gens, par M. Lassudrie-Duchêne.