Page:Farrere - Mademoiselle Dax.djvu/7

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moustache ébouriffée… Un regret rapide traversa mademoiselle Dax, le regret qu’il ne fût pas licite de donner un second regard à cet inconnu qui l’admirait… mais c’eût été abominable… Mademoiselle Dax était une fille sage. Elle s’éloigna tout de suite, allongeant ses enjambées garçonnières ; et le passant ne la suivit pas ; – elle marchait sans grâce, comme font les jeunes personnes qui ont à peine fini de grandir.

Mademoiselle Dax prit la rue d’Algérie, le pont des Feuillants, et passa la Saône. Elle allait à Fourvières, où son confesseur, récemment changé de paroisse, occupait un vicariat.

La rive droite de la Saône est une berge abrupte où s’accrocha, jadis, la capitale des Gaules romaines : Lugdunum, qui fut le Lutèce de Lyon. Aujourd’hui, Lugdunum n’est plus qu’un faubourg : le plus sombre, le plus étroit, le plus branlant ; mais le plus beau dans sa vieillesse biscornue, que la fumée des usines a patinée comme un très vieux bronze.

C’est le faubourg religieux des cloches et des couvents ; – le faubourg qui s’illumine aux fêtes dévotes, en réplique au faubourg ouvrier de la rive adverse, qui s’illumine aux fêtes révolutionnaires. Tout y est ancien, les idées et les murailles. Cette fenêtre en ogive date d’Henri II, et la femme qui s’y penche va sûrement à la messe tous les jours…

Ce sont des maisons d’il y a deux, trois siècles, – des maisons qui sont des masures, et qui ont été des palais. Ce sont des ruelles entremêlées d’escaliers… Des jardins qui surplombent en terrasses… Çà et là,