Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante - contes et récits, 1874.djvu/17

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la femme à l’aiguille.

Alice ne passait pas le temps plus gaîment, car malgré son élégant défaut, elle s’était aperçue que l’absence d’Édouard faisait un vide autour d’elle, et, du reste, elle était douée au suprême degré de ce qu’on peut appeler la philosophie des femmes — la perspicacité.

Depuis qu’elle n’entendait plus son ami lui parler d’amour, cet amour avait grandi à ses yeux et elle s’était aperçu que la passion délicate et dévouée d’Édouard, valait bien les spleens de M. Darlington, ou les grosses turlupinades de M. Meunier. Bien souvent elle se demandait ce qu’Édouard pouvait faire, caserné comme cela dans son affreuse chambre, et les mots ingratitude, abandon, voltigeaient déjà dans sa pensée, lorsqu’un jour, au détour du bois, ils se rencontrèrent.

Édouard était pâle et défait. Alice rougissait de plaisir et d’émotion.

Édouard fut galant et prévenant comme dans les beaux jours d’autrefois, mais peu causeur : il n’osait trop l’être, crainte d’avoir des larmes dans la voix. Alice fut affectueuse et presque expansive.

Quand ils se séparèrent devant le petit parterre, Alice exigea d’Édouard la promesse qu’il reviendrait le lendemain. Le lendemain, Édouard était auprès d’elle, et les causeries et les confidences de jadis recommencèrent.

Peu-à-peu ces confidences, ces causeries devinrent ces épanchements d’âme à âme que les poëtes ont