Page:Faucher de Saint-Maurice - À la brunante - contes et récits, 1874.djvu/252

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.

244
à la brunante

pays, ainsi qu’on se plaît à nommer nos francs lurons, pour lui la vie consistait en un mauvais calembourg, auquel il avait voué une foi robuste ; il s’évertuait, partout où le menait la recherche du pain quotidien, à passer le temps gaiement.

Scieur de long, orfèvre, marin, maçon, charpentier, mesureur de bois, cordonnier, il avait une verve d’avocat, le tact d’un médecin, le cœur d’un curé et l’honnêteté scrupuleuse d’un chef d’opposition qui vise au portefeuille de premier ministre.

Une seule chose manquait pour le rendre complet : Jérôme n’avait jamais réussi à se faufiler dans la gravité qui distingue et honore un notaire.

Cela l’embêtait au superlatif ; car le soir, lorsqu’il revenait chez sa femme Hélène, et qu’appuyé mélancoliquement sur la petite table où s’étalait un fricot au lard et des patates fleuries dans le sel, il regardait ses doigts longs et effilés, Jérôme ne cessait alors de lui répéter qu’il était victime d’un sort jeté à sa mère par un vieux mendiant, et que sans cela il serait né pour faire un monsieur.

Si c’était le cas, il avait certainement du guignon ; oncques malheureux ne fut condamné sur terre à parfaire de plus gros ouvrages, sans les chercher, sans les demander.

S’il se trouvait une rude besogne, il ne la ratait jamais ; c’était son lot, à lui.

Quand il n’y avait plus de farine dans la huche, ni de lard dans le saloir, il se mettait en rouet,