Page:Faucher de Saint-Maurice - Promenades dans le golfe Saint-Laurent, 1886.djvu/164

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
162
LES ÎLES DANS

cette nuit la bonne Sainte-Anne-du-Nord, pour soulever sur une de ses mains le Napoléon III en danger.

Rira qui voudra de cette pieuse naïveté. Pour moi, un marin canadien-français n’est guère complet sans cette foi robuste, et le mot de mon vieux LeBlanc nous fit venir des larmes aux yeux.

Par leur position, les îles de la Madeleine sont exposées aux coups de vent, et deux tempêtes sont restées célèbres dans les annales de l’archipel.

La première est celle du 23 août 1873. Elle dura trois jours sans désemparer, et surprit quatre-vingt-quatre navires ancrés dans la baie de Plaisance. Dès les premières rafales, quarante-huit d’entre eux se mirent de suite à chasser sur leurs ancres : dix allèrent s’ensabler sur la rive de la baie, et trente-huit firent côte dans le havre d’Amherst, où ils trouvèrent vingt-six de leurs camarades revenus au mouillage, pendant que dix seulement résistaient encore sur leurs fonds. Au milieu des péripéties de cet épouvantable ouragan, qui le croirait ? on n’eut à déplorer que la mort de trois personnes. « Quelques-uns de ces malheureux navires, rapporte le commandant Lavoie, après avoir été ballottés de tous côtés et avoir perdu leurs ancres, allèrent se jeter sur le rocher à fleur d’eau qui est au pied de la côte des Demoiselles. La lame brisait à cet endroit à une hauteur de cent pieds ! Sans Aimé Nadeau et James Cassidy qui virent venir à terres la Diploma, l’Ellen Woodward et l’Emma Rich, les équipages de ces navires auraient certainement péri. Ces deux hommes courageux descendirent