Page:Faucher de Saint-Maurice - Promenades dans le golfe Saint-Laurent, 1886.djvu/166

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
164
LES ÎLES DANS

menses lisières de sable, les désigne sous le nom de « Ramées-Brion. » Au temps de Denys — en 1672 — elles ne s’appelaient plus que les îles de la Madeleine ; et alors comme à présent, le seul souvenir gardé par les marins oublieux au temps où Champlain croisait dans ces parages, était le nom de l’île Aubert, que de nos jours les Anglais appellent Amherst Island, nom que les habitants français du groupe se refusent à reconnaître.

Denys assure, dans sa description de l’Amérique septentrionale, qu’il chassa plusieurs fois les Anglais de la Madeleine, « les Français étant en possession de ces lieux-là de temps immémorial. » Néanmoins, la plus ancienne concession de cet archipel remonte à la date du 16 janvier 1663 ; et en feuilletant le deuxième volume de mémoires des commissaires du Roy, je vois que ce jour-là, un acte a été passé au bureau de la compagnie de la Nouvelle-France, donnant en pleine propriété au sieur Doublet, capitaine de navire, l’île Saint-Jean, — aujourd’hui l’île du Prince Edouard — les îles des Oiseaux et celles de Brion, toutes sises dans le golfe Saint-Laurent. Cette concession était faite au capitaine normand « à condition de n’exercer aucune traite ou négoce avec les sauvages. » Doublet embarqua sur deux navires tout ce qui pouvait servir à la nouvelle colonie ; mais en jetant l’ancre à l’île Percée, on lui apprit que la compagnie de la Nouvelle-France avait outre-passé ses droits, et que le sieur Denys, « gouverneur-lieutenant général pour le Roy et propriétaire de toutes les terres et isles qui sont depuis le cap de Campseaux jusqu’au cap des Roziers, » était depuis dix ans en possession du groupe de la Madeleine. Le capitaine Doublet ne se découragea pas pour si