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exemples de cent deux manières différentes, suivant la nature de la chose transférée, du droit cédé. (Disons, en passant, que la propriété a subi, depuis 1789, des modifications qui ont rendu absolument inutiles ou impossibles ces vieilles formes). L’investiture s’effectuait par le glaive, par l’anneau, par la bannière, par la crosse, par les cordes des cloches, etc. Les symboles de transmission étaient soigneusement conservés par les parties mises en possession. On les annexait parfois aux actes et contrats afin de rendre les conventions plus sacrées, plus difficiles à rompre. Par contre, on brisait aussi parfois les symboles pour indiquer la ferme résolution de ne jamais revenir sur ce qui avait été fait ». Dans le droit public, au moyen âge, les investitures, tant laïques que religieuses, occupent une place considérable.


INVINCIBLE (du latin invincibilis, qu’on ne peut vaincre). On peut réduire, transformer, annihiler, dompter et venir à bout de toutes choses : métaux, végétaux, animaux. On perce des tunnels sous les plus hautes montagnes ; on détourne les courants des fleuves ; on fait communiquer des mers et des océans ; on plane dans les airs, on apprivoise des animaux féroces ; des grands peuples sont réduits par des conquérants avides ; des César envahissent et s’implantent sur une grande partie de la terre ; par la force, des financiers se font les maîtres des peuples et de leur production ; des prêtres et des gouvernants des différentes religions et des différents États imposent les croyances aux mystères et aux règles légiférées et codifiées auxquelles doivent obéir les peuples. Ce que ne peut vaincre aucune loi, aucune tyrannie, aucune dictature, prohibition, condamnation à mort, c’est la vérité croissante dans tous les domaines scientifiques ou philosophiques, elle peut s’amplifier mais jamais se diminuer ; c’est la loi naturelle du progrès dans l’évolution.

Dans le champ philosophique, la vérité anarchiste évolutive, destructrice du mensonge et du mal, constructrice du bien-être pour tous, résiste aux critiques des doctrines de toutes les sectes qui ont pour base l’autorité et l’État.

Jusqu’ici, aucun officiel des corps législatifs, savants professeurs des grands collèges, n’ont infirmé irrévocablement le communisme-anarchiste.

On a condamné, persécuté, torturé, pendu, guillotiné, mais on n’a pas donné un argument irréfutable contre l’Anarchie.

Aussi, malgré les condamnations que prononcent partout les castes au pouvoir, au service des religions, des banquiers, à la solde des États dont les piliers sont le mensonge, l’égoïsme, l’argent, on n’arrive jamais à lasser, ni à soumettre les véritables apôtres, pionniers de l’Anarchie. Parce que ces derniers savent qu’ils sont sur le chemin de la vérité, comme l’a écrit Zola : rien ne l’arrêtera. Elle luira demain et sera une réalité.

L’Idée Anarchiste traversera — nous en avons l’espoir — les obstacles et, soutenue par nos volontés, demeurera invincible. — L. G.


INVIOLABILITÉ n. f. (de inviolabilis, inviolable). Qualité des personnes et des choses auxquelles on ne doit pas attenter. L’inviolabilité de la couronne — notamment dans la conception de la royauté de droit divin — mettait les monarques à l’abri de toute recherche pour les actes de leur gouvernement. Certaines personnalités (et parfois leurs correspondances et leurs archives) sont inviolables en raison de leur fonction : les ambassadeurs par exemple, les diplomates, les députés jusqu’à la levée de l’immunité parlementaire. L’inviolabilité met en principe les bénéficiaires au-dessus des poursuites et des responsabilités. Des souverains,


tels Charles Ier d’Angleterre et en France Louis XVI n’ont pas cependant évité le dernier supplice, à l’heure où les événements, plus forts que les édits, rejettent les rois eux-mêmes dans le droit commun.

Le droit des gens est un de ces principes d’inviolabilité, reconnu et continuellement méprisé par la force. Et les « règles » même de la guerre, qui comportent des réserves de ce genre et un minimum d’inviolabilité sont, les nations aux prises, caduques à l’heure critique et brutalement violées… L’inviolabilité de certains asiles ne les a pas toujours sauvés non plus des incursions de violence…

Aux termes du droit civil, l’inviolabilité du domicile est, depuis 1791, une des garanties de la liberté individuelle, et le Code pénal (art. 184) en punit sévèrement la méconnaissance. Mais, pour atteindre leurs ennemis politiques, les gouvernements ont depuis longtemps repris l’habitude de fouler aux pieds, avec tant d’autres garanties de « l’homme et du citoyen », les protections légales édictées par les Assemblées de la Révolution française. Et la police force la demeure des militants et des suspects, rudoie et maltraite les occupants, emporte les documents (auxquels elle substitue sans scrupule, pour ses desseins de répression, ceux qu’ont préparés ses services), garde par devers elle le fruit des rapts opérés au préjudice des adversaires du régime.

Comme on le verra plus loin, au chapitre de la liberté individuelle, la loi n’est plus qu’une charte dérisoire quand les tenants d’un règne sentent leurs privilèges menacés. Hypocritement dans les périodes de calme cyniquement aux heures de crise, l’inviolabilité de la retraite et des personnes est d’une singulière fragilité… C’est cependant vers cette inviolabilité de l’être humain d’abord, vers l’inviolabilité même de la personnalité que devront s’orienter, et notre effort y porte, les institutions et les mœurs. Il faudra vaincre pour cela la tyrannie des régimes et des États, en même temps qu’élever la conscience et la volonté des hommes. — L.


IRONIE n. f. (du grec eirôneia, qui signifie interrogation). Par extension : raillerie, sorte de sarcasme qui consiste à dire le contraire de ce que l’on veut faire entendre : « Une amère ironie ». « Une fine ironie ». « Une cruelle ironie ». Ex. : « Plus d’un grand procès a été gagné par l’ironie qui eùt été perdu par la colère. » (Horace) « Je doute fort qu’on puisse allier un excellent cœur à la mauvaise habitude de lancer l’ironie. » (Descuret)

Au figuré : Opposition, contraste pénible, réunion de circonstances qui ressemble à une moquerie insultante. « Le secours arrive quand le malheur est complet et irréparable ; telle est l’ironie du sort. Quelle ironie sanglante qu’un palais en face d’une cabans. » (Th. Gauthier).

En philos. « Ironie socratique », méthode de Socrate qui, feignant l’ignorance, questionnait ses disciples, et, par ses questions mêmes, les amenait à reconnaître leur erreur.

L’ironie, justement maniée, à bon escient, est une arme puissante dont usent auteurs graves et badins, orateurs sacrés ou non, et dont les uns et les autres peuvent tirer des effets terribles ou magnifiques. Elle se montre dans le poème épique et dans la tragédie comme dans la comédie ; mais elle prend, dans le pamphlet, une place de tout premier ordre, entre les mains des premiers parmi nos meilleurs auteurs.

Par sa souplesse elle échappe aux contraintes sociales : mœurs ou politique. Par sa vigueur elle renverse les sophismes créateurs de fausses richesses morales ou matérielles. Quand, dans les sociétés, le libre-examen est impossible, quand l’inquisition religieuse ou politique peut empêcher toute manifestation écrite ou verbale, susceptible de porter atteinte à l’ordre social,