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rité des êtres la seule force qui soit capable de faire respecter leur propre liberté. — Edouard Rothen.

Nota. — Les questions examinées dans notre article ont fait, pour la plupart, l’objet des études et des protestations de la Ligue des Droits de l’Homme. On les trouvera dans ses Cahiers notamment dans les suivants :

Rapports de police, 25 avril 1926. — Justice sociale et liberté, 10 janvier 1925. — Réforme judiciaire, 25 octobre 1926. — Liberté individuelle. Compte rendu du Congrès National de 1923. — Cahiers des 10 juin 1928, 28 février et 20 mars 1929. — Affaire du professeur Platon, 10 février, 10 juillet, 5 décembre 1926, 25 avril, 15 octobre 1927, 20 mai 1928. — Affaire Sacco et Vanzetti, 10 et 25 avril, 1er octobre, 10 novembre 1927. — Affaire Bougrat, 15 juin 1927. — Droit d’expulsion et réforme de l’extradition, 20 janvier 1925, 25 février, 1er octobre, 10 décembre 1927. — Affaire Ascaso, Durutti et Jover (extradition), 10 mai 1927. — Affaire Viretto (expulsion), 20 mai 1928. Lois scélérates, 25 décembre 1927, 10 juin 1928. — Arrestations préventives, 10 octobre, 10 décembre 1928, 20 janvier, 1er août 1929). — Secrets de l’instruction, 30 janvier 1929. — Contrainte par corps, 10 avril, 10 juin, 20 décembre 1927, 10 janvier, 10 juin, 10 septembre 1928, 10 février 1929. — Droits de l’enfant, 10 mars, 10 novembre 1927, 30 mars, 20 mai, 20 novembre 1928, 10 janvier 1929. — Liberté et droits de la femme, 15 octobre 1927, 30 avril, 20 mai, 30 octobre 1928, 30 janvier 1929. — Liberté de réunion, 10 et 30 septembre 1928. — Liberté et droits des fonctionnaires.

Compte rendu du Congrès National de 1923. Cahiers des 10 juin, 30 juillet, 30 août, 10 octobre 1928, 10 et 28 février 1929. — Affaire Allard (droits des fonctionnaires), 20 novembre 1928. — Affaire Rombeau (innocent condamné), 20 septembre 1928. — Affaire Adam (innocent condamné), 10 janvier 1929. — Mutineries de Calvi, 10 septembre 1928, 10 février 1929. — Affaire Boutrois, 20 novembre, 30 décembre 1928, 10 janvier 1929. — Affaire Morelli et officiers espagnols (extradition), 30 novembre 1928. — Affaire Balloni (extradition), 20 février 1829. — Objection de conscience, 20 février, 10 mars 1929. — Liberté et droits des indigènes coloniaux, 15 octobre 1925, 25 mars, 30 avril, 15 mai 1926, 10 janvier, 10 et 25 mars, 10 et 25 avril, 25 juin, 10 et 25 novembre, 10 décembre 1927, 20 janvier, 20 février, 10 juin, 30 août, 30 septembre, 10 et 30 novembre, 10 décembre 1928, 10 et 28 février 1929.

LIBERTÉ (Éducation). L’éducation impartiale de l’enfant apparaît au premier abord difficultueuse parce qu’elle essaie de satisfaire diverses tendances métaphysiques dont nous ne parvenons pas toujours à nous libérer.

C’est ainsi que les droits de l’enfant, sa liberté, le souci de respecter sa personnalité arrêtent dès le début l’éducateur sincère et profondément individualiste. Comme précisément le but de l’éducation consiste à former et développer la personnalité de l’enfant, il y a une certaine contradiction apparente entre le fait de respecter une personnalité et le fait de la former. Si on veut respecter l’enfant et sa liberté, on doit le laisser tel qu’il est ; si on l’influence que devient le principe d’impartialité et de neutralité !

En réalité la personnalité naissante de l’enfant a déjà été déterminée lors de la fécondation de l’ovule maternel et si ses parents ne se sont point souciés de lui assurer une bonne hérédité physiologique et psychique, il sera toujours un produit malchanceux et taré entre les mains de l’éducateur. Même conçu sainement, l’enfant est inévitablement déterminé par les lois de l’hérédité et respecter strictement sa personnalité c’est respecter une combinaison physico-chimique représen


tant le terme d’une longue série d’expériences évidemment intéressantes puisqu’elles ont triomphé du milieu, mais dont quelques-unes peuvent influencer fâcheusement le caractère de l’enfant. C’est dire que le caractère d’un enfant ne saurait être quelque chose de sacré et que ses anomalies psychiques ne sont pas plus admirables que ses malformations physiques.

D’autre part l’être humain est modifié, modelé par la succession des évènements qu’il subit depuis sa naissance jusqu’à sa mort et cela constitue véritablement une éducation. Comme cette éducation peut être néfaste à l’enfant qui ignore précisément les causes de vie et de mort, l’éducateur représente le résultat d’une longue évolution, d’une longue expérience de la vie transmises par le savoir spécifique, héréditaire ou traditionnel évitant à l’enfant les expériences douloureuses des ancêtres.

Donc, au lieu de partir de considérations métaphysiques sur le moi de l’enfant, il vaut mieux observer l’évolution et le fonctionnement de la vie. Nous voyons que l’être est en perpétuelle réaction contre le milieu ; que ces réactions suivent un certain ordre logique dans l’espace et dans le temps et qu’un bon équilibre de toutes ces réactions est nécessaire pour la vitabilité même de l’individu. Nous voyons également que la succession de tous les phénomènes s’effectue invariablement dans un ordre précis constituant un enchaînement de nécessités universelles, et que l’inversion de cet ordre et les erreurs en résultant restreignent l’activité vitale et détruisent la vie. Le but de l’éducateur ne peut être que l’adaptation intelligente de l’enfant à ces nécessités universelles, assurant sa durée vitale et son bonheur. Développer l’acuité des sens, la précision des mouvements, l’habileté tactile, l’endurance physique, l’esprit d’analyse et d’observation, la compréhension de l’enchaînement des choses, le jugement, la volonté, l’énergie créatrice ; voilà le véritable terrain impersonnel de l’éducation. Parallèlement à l’évolution de ces facultés, l’éducation devrait développer les conséquences logiques de l’amitié, de l’association, de l’entraide, de la fraternité imposées aux hommes par les nécessités naturelles. Ainsi comprise, l’éducation objective et impersonnelle n’imposerait point à l’enfant l’immoralité des intérêts de tel individu, groupe, chapelle, parti ou nationalité, mais l’harmoniserait avec les nécessités universelles faites de la solidarité de tous les éléments.

La personnalité de l’enfant se formerait et s’harmoniserait d’elle-même par le développement et 1’équilibre intérieur de toutes ses facultés et la compréhension de son propre fonctionnement. La connaissance des causes déterminant les choses et les êtres, jointe à une vie saine et un fort développement de la volonté feraient plus pour l’amélioration ou l’évolution de son moi que tous les traités de morale de l’univers.

L’éducateur ne doit jouer qu’un rôle accélérateur. Il doit faciliter les expériences, permettre à l’enfant de trouver lui-même le secret des choses et lui laisser la joie des découvertes et des réalisations. Il ne doit pas être un maître qui impose, ordonne, récompense ou punit. Ce sont les résultats mêmes des actes qui doivent punir ou récompenser l’enfant en lui enseignant le jeu des causes et des effets. L’éducateur ne peut être qu’un grand ami qui sait beaucoup de choses.

Le but essentiel de cette éducation ne consisterait point à faire de l’enfant un citoyen, un partisan, un enrôlé, une fraction d’homme, admirateur de ses parents, de sa tribu ou de sa nation, mais au contraire un individu fort, ayant sa fin en lui-même, sa conception particulière de la vie, sans obligation à venir envers le milieu qui lui doit la santé, le savoir et l’aisance. Sa seule raison d’association doit être un avantage démontré, une supériorité évidente d’une activité sur une autre