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MAH
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ses décrets sont éternels comme lui et sa volonté immuable ne saurait être modifiée même par la prière. Or rien ne peut se faire sans Allah, puisque sa puissance divine est illimitée ; toutes les actions humaines sont prévues par lui : « Tout est écrit d’avance. L’homme porte son destin suspendu à son cou. » D’où la doctrine du fatalisme absolu ; et la nécessité pour le croyant de se soumettre sans murmures inutiles ; islam signifie en arabe résignation totale à la volonté de Dieu. « C’était écrit ! » ou « Allah est grand ! » voilà le cri du pieux Musulman, même s’il subit un sort qu’il ne méritait pas. Entre Dieu et les hommes existent des êtres intermédiaires, les anges et les djinn ; les premiers, dont le corps est composé d’un feu subtil, n’ont pas de sexe et n’éprouvent aucun de nos besoins. Ils adorent Allah de manière constante ; chaque homme en a deux à ses côtes, qui notent, l’un ses actions bonnes, l’autre ses actions mauvaises. Pour avoir refusé de saluer Adam, Iblis et les anges qui le suivirent dans sa révolte furent maudits par le tout-puissant. Quant aux djinn ou génies, si chers aux arabes avant la prédication de Mahomet, il en est de mâles et de femelles, d’hérétiques et de musulmans. Création du monde et chute du premier homme sont racontées d’après la Bible, avec des variantes néanmoins. Pour communiquer ses volontés Dieu se sert des prophètes : Noé, Abraham, Moïse, Jésus, furent du nombre. Mais Mahomet, le dernier, leur est supérieur à tous, car il apporte la vérité entière, alors que ses prédécesseurs n’en purent communiquer que de faibles parcelles. Avec lui la série des prophètes est close définitivement, les hommes n’ayant plus rien à apprendre. Seulement Mahomet ne se donna jamais pour une incarnation divine, pour un fils d’Allah descendu sur terre.

En dehors des moments où l’archange Gabriel l’inspirait, il restait un arabe ordinaire, soumis à la tentation, sujet au péché et, comme les autres, destiné à mourir.

L’âme humaine est immortelle ; jugée par Dieu, elle va au ciel ou en enfer, suivant qu’elle a bien ou mal agi. Aux enseignements du prophète, ses disciples ajoutèrent de nombreuses précisions. Après la mort, l’âme doit passer, au-dessus de l’enfer, par un pont « mince comme un cheveu et tranchant comme le fil d’une épée ». Les pécheurs trébuchent et tombent ; sans autre nourriture que des ronces, ils rôtissent sur un feu ardent et, pour que le supplice se renouvelle sans répit, ils sont munis d’une peau neuve chaque fois que l’ancienne est brûlée. Du moins l’enfer n’est pas éternel, sauf pour les infidèles ; les musulmans n’y restent que le temps d’expier leurs forfaits. De là, ils gagnent le paradis où quelques justes parviennent à se faire admettre du premier coup. « La paix éternelle et l’éternelle joie » règnent dans ce séjour enchanteur où coulent des rivières de lait, de vin et de miel, où les arbres touffus inclinent leurs branches pour que le promeneur en cueille commodément les fruits. Vêtus de brocart et de satin vert brodé, couverts de bijoux, les élus s’attablent près de fontaines jaillissantes, dans des jardins ombreux, avec des houris charmantes ; et des serviteurs nombreux, des échansons portant coupes ou gobelets d’un breuvage exquis, s’empressent à leur moindre désir. La résurrection des corps fut formellement enseignée par Mahomet ; toutefois, dépassant ces plaisirs vulgaires les plus sages ont la joie « de voir la face de Dieu matin et soir », Judaïsme et Christianisme ont fourni, on le voit, de nombreux éléments à la dogmatique musulmane ; ce n’est pas par l’originalité que valent les conceptions doctrinales du prophète, c’est par une simplicité qui les rendit accessibles aux esprits les moins cultivés.

Même simplicité en matière de prescriptions rituelles et morales. Un khalife comme chef suprême, que la communauté des fidèles a le droit de prendre n’importe où d’après les sunnites ; qui, d’après les schiites, doit être


nécessairement de la famille de Mahomet. Ce dernier en mourant ne désigna pas son successeur ; c’est à propos d’Ali, son gendre, exclu du khalifat, que ces divergences doctrinales éclatèrent. Point de clergé, mais un simple directeur des prières : l’iman, dont la présence à la mosquée n’est d’ailleurs pas indispensable, et un muezzin pour annoncer l’heure de la prière. Cinq fois par jour le musulman doit prier. Après des ablutions sur les mains, les avant-bras, le visage et les pieds ; avec de l’eau autant que possible, avec du sable s’il est au désert, il se tourne dans la direction de la Mecque, s’incline puis se prosterne, en récitant les formules consacrées. Pendant trente jours consécutifs, chaque année, à partir de quatorze ans, il s’abstient de manger, boire et fumer, depuis le matin « dès que la lumière suffit pour distinguer un fil blanc d’un fil noir », jusqu’au coucher du soleil ; c’est le jeûne du mois de Rhamadan (voir jeûne) qui rappelle l’époque où le prophète eut ses premières visions. Seuls les malades en sont dispensés, mais avec obligation de faire un jeûne de trente jours, dès qu’ils seront rétablis. « L’odeur de la bouche qui jeûne est plus agréable à Dieu que celle du musc. » Ajoutons que les rigueurs du Rhamadan sont adoucies par les plantureux repas absorbés de la tombée de la nuit au lever de l’aurore. Une fois dans sa vie, le musulman doit se rendre à la Mecque. Il y tourne sept fois autour de la Kaaba, suivant une coutume que Mahomet trouva établie ; et, après— s’être fait raser entièrement la tête, en récitant des prières se rend sur une montagne à dix-sept kilomètres de la ville sainte, pour entendre un sermon. Le fondateur de l’Islam, qui lui-même avait connu la pauvreté, témoigne d’une sollicitude particulière à l’égard des pauvres : « Vous n’atteindrez à la piété parfaite que lorsque vous aurez fait l’aumône de ce que vous chérissez le plus. Faites l’aumône de jour, faites-là de nuit, en public, en secret. Tout ce que vous aurez donné, Dieu le saura. » Et dans l’insistance qu’il mit à plaider la cause des orphelins, le souvenir des souffrances endurées dans son enfance, lorsqu’il eut perdu ses parents, fut sans doute pour quelque chose. Les musulmans distinguent deux sortes d’aumônes, l’une volontaire et l’autre légale ; cette dernière, véritable impôt, est destinée à soulager les croyants pauvres et à subventionner les entreprises religieuses, la guerre sainte en particulier. Bien que le Coran ne parle pas de la circoncision, elle est pratiquée par tous les fidèles, Dieu l’ayant ordonnée dans une révélation antérieure. Mahomet réduisit à quatre le nombre des femmes légitimes, mais il reçut de Gabriel la permission expresse de ne point suivre la loi commune et, Khadidjâ morte, il se constitua un harem bien peuplé. Ignorante, à demi-esclave, tenue de se voiler en public, la femme fut en outre presque éloignée du culte ; la religion musulmane s’adresse spécialement aux hommes, différente en cela de la catholique qui, tout en excluant les dames du sacerdoce, voit en elles ses ouailles de prédilection. Aujourd’hui du moins, car on sait que Saint Paul leur défendait vertement d’élever la voix dans les assemblées chrétiennes, et qu’un grave concile délibéra longtemps pour savoir si elles possédaient une âme à l’instar de leurs compagnons masculins. Pour limiter les divorces, le fondateur de l’Islam imposa au mari l’obligation de rendre la dot. Il défendit au père de tuer ses enfants et d’enterrer ses filles vivantes, selon une habitude arabe consacrée par la tradition. Mensonge, calomnie, orgueil, vol, avarice, etc., furent rangés parmi les vices comme chez les juifs et les chrétiens ; le vin et les boissons fermentées en général, la viande de porc, les jeux de hasard furent prohibés ; afin d’éviter un retour possible à l’idolâtrie, peintres et sculpteurs durent s’abstenir de représenter la figure humaine. Mahomet ne supprima pas l’esclavage, mais il en atténua les rigueurs et tendit même à le faire disparaître : « Dieu n’a rien créé