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1868


des monstruosités que ce qui est conforme à la règle. La tempête comme le calme, la maladie comme la santé, l’humidité comme la sécheresse, la fin de notre monde comme son commencement et sa durée rentrent dans l’ordre physique. Toutes ces manifestations ne supposent pas un esprit ordonnateur et constructeur mais, seulement, des lois éternelles inhérentes à la matière même, et des êtres intelligents pour les percevoir.

Cet ordre inévitable ne doit pas être confondu avec l’ordre social pas plus qu’avec l’ordre moral qui est, par rapport à l’homme, le seul vrai, impliquant essentiellement l’intelligence, la liberté, la vérité, la justice, la réalité et en réalité l’harmonie absolue. L’ordre moral est le rapport entre les actes libres et leurs conséquences nécessaires. Cet ordre ne peut concerner que les individualités qui sont essentiellement identiques entre elles. Dans cet ordre, il y a responsabilité ; l’on récolte selon qu’on sème ; et, la loi est ce qui doit être. Tout y est lié, tout y est bien, alors même que ce bien se manifeste par un mal relatif. C’est l’ordre déterminé.

Il en est tout autrement pour l’ordre matériel qui est ce qui est. Ici le mot ordre est pris au figuré et n’a de rapport qu’à l’intelligence qui la conçoit. Les unités sont illusoires, et les choses entre lesquelles il y a nécessairement inégalité, différence, relèvent de cet ordre qui est la coordination par la succession ou la post-position. Tout ce qui existe dans la nature est, par cela même, dit Colins, et par cela seul, dans l’ordre. Rien n’y est lié que par le raisonnement qui apprécie et s’en rend compte.

C’est par l’ordre social que l’ordre physique s’interfère dans la vie publique et la modifie. L’ordre social nous paraît donc être le résultat de l’obéissance à l’autorité… scientifique… de l’époque. Tant que dure l’ignorance, cette autorité est exprimée par la force basée sur un sophisme ; comme quand la vérité imprégnée de justice régnera, la raison dominera la force : l’ordre et la société marchent de pair et sont synonymes. Sans ordre, pas de société possible ; et la société entre des hommes, égaux par essence, inégaux par leur organisation, n’existe qu’en vertu du raisonnement. La force physique, brutale est la négation du raisonnement et par suite de l’ordre. La force déguisée sous l’apparence de la justice, tout en portant atteinte à celle-ci lui rend néanmoins hommage et par cela même, à cette époque, donne lieu à un ordre… relatif par la foi.

Il n’y a et ne peut y avoir d’ordre vrai que par la raison. L’ordre social est le résultat de l’union, de l’association des hommes pour la concordance de leurs idées. Tant que ces idées ne sont pas discutées, il suffit que leur vérité supposée soit acceptée sans contestation sociale. Si on les discute, si la loi en permet la possibilité, il est de toute évidence que la vérité doit être démontrée d’une manière incontestable.

Cela s’explique : l’ordre dans la société est la conséquence de la soumission volontaire, c’est-à-dire raisonnée, à l’autorité réelle, ou du moins à ce que la société admet comme étant l’autorité dérivant de la vérité.

Selon l’époque d’ignorance sociale — jusqu’à ce jour et encore la société n’en connaît pas d’autre — ou selon l’époque de connaissance, l’autorité est représentée par la force ou par la raison, c’est-à-dire la science. Dans l’ordre moral, la loi change avec les époques ; et, selon que les hommes raisonnent plus ou moins bien, à moins que ce ne soit plus ou moins mal, le désordre ne tarde pas à faire suite à un ordre éphémère qui n’est que l’expression d’un mauvais raisonnement.

La question de l’ordre social se résume, tout entière, dans celle de savoir si la morale comporte ou non une sanction inévitable. Cette question résolue, toutes les questions sociales sont résolues avec elle ; il n’y a qu’à les en déduire.


C’est en la résolvant dans le sens spiritualiste, plus ou moins chrétien, que la force a soumis la société en période d’ignorance, au seul ordre dont elle était susceptible ; l’ordre par la foi. Dans le sens matérialiste, c’est en laissant en suspens, sans la résoudre, la question morale que les hommes de doute aident à la marche progressive du désordre.

De là le désordre inextricable de notre époque, où se débat notre société vacillante, toujours occupée à réparer les désastres de la veille, et incapable de prévoir et instaurer un ordre nouveau de sécurité sociale. Il en sera ainsi longtemps encore parce que les classes dirigeantes et possédantes, qui font les lois comme elles façonnent les mœurs et la mentalité générale, ont le plus grand intérêt à maintenir cet ordre vacillant, qu’on ne saurait trop dénoncer, car il protège leurs privilèges et leur indépendance en consacrant l’esclavage des masses. — Elie Soubeyran.


ORGANE s. m. Jadis, et par erreur, ce mot a été souvent du féminin, en raison de sa terminaison féminine (Littré). Anatomie : partie du corps constituée par la réunion intime des parties. Les organes, en se réunissant pour une même fonction, forment des appareils. La notion d’organe est dominée par celle de la synergie, qui dépend, elle-même, du système nerveux. On distingue des organes homotypes (organes correspondants d’un même organisme), des organes homologues (organes qui se correspondent chez des individus différents), et des organes analogues (organes morphologiquement différents qui remplissent le même rôle physiologique).

Mécanique : Des appareils qui servent à communiquer le mouvement fourni par le moteur aux outils. En raison du grand nombre d’organes trop particuliers à chaque genre de travail, on ne peut procéder à aucune classification rigoureuse. Citons simplement, comme document, la classification de Lantz : Transformation d’un mouvement : 1° circulaire continu en circulaire continu (rouleaux, courroies, engrenages, etc) ; 2° circulaire continu en circulaire alternatif (bielle et manivelle, excentriques, cames, etc.) ; 3° circulaire continu en rectiligne continu (treuil, crémaillère, vis. etc.) ; 4° circulaire continu en rectiligne alternatif (bielle, excentriques, etc.) ; 5° circulaire alternatif en circulaire alternatif (balanciers, pédales, etc.) ; 6° circulaire alternatif en rectiligne continu (encliquetages) ; 7° circulaire alternatif en rectiligne alternatif (archet) ; 8° rectiligne continu en rectiligne continu (poulies) ; 9° rectiligne alternatif en rectiligne alternatif (rainures).

Organe (au figuré), moyen de manifestation ou d’action. Journal. Les grands organes, dits « d’information », sont à la solde des puissances financières et créent l’opinion. Chacun d’eux satisfait aux désirs d’une clientèle spéciale, mais tous concourrent au même but : assurer la continuité de la domination capitaliste. Par leurs attaches, ils sont des organes corrompus ; par leur œuvre, des organes de corruption. Les organes indépendants, peu nombreux et à l’existence précaire, ont une portée beaucoup plus restreinte. Leur influence ne doit cependant pas être sous-estimée, car ils sont au service de cette grande force : la vérité.


ORGANISME n. m. La similitude des fonctionnements d’un être vivant et d’un groupe d’êtres vivants a déterminé certains sociologues à déduire de leurs observations des enseignements qu’ils essaient d’adapter à la vie sociale et qu’ils croient comparables à l’activité propre de l’animal.

C’est ainsi que tout organisme vivant étant un ensemble d’organes adaptés à des fonctions différentes, on a cru légitime de comparer la société à un organisme vivant, les divers groupes humains à des organes et chaque individu à une cellule.