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POE
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Le Portugal a surtout un grand poète épique, l’auteur des Lusiades, Camoëns.

L’Amérique a produit Emerson, Longfelow, Wall Withman, tous trois grands poètes et, surtout, Edgar Poe qui devait agir si fortement sur l’esprit de notre Baudelaire.

La Belgique a connu un nombre infini de trouvères qui, pour la plupart, chantaient en français. Mais, en réalité, la poésie belge date de 1830 ; elle subit l’autorité de Hugo. Plus tard, Max Waller groupe, autour de lui, une pléiade. Cependant la poésie belge se confond avec la poésie française. Les Rodenbach, les Maeterlinck, Verhaeren sont plutôt considérés comme poètes de langue française. Les Flamands ont des maîtres, tels que Guedo Gezelle, poète élégiaque qui rappelle notre André Chénier.

Les Scandinaves ont fourni les premières légendes avec l’Edda, d’où sont partis les Niebelungen. La poésie scandinave est une source d’inspiration. Toutes les littératures y ont puisé. Mais les poètes sont très nombreux, très divers. Il nous est impossible de les énumérer tous. Citons, parmi les Suédois, et sans tenir compte de la période latine, les poètes religieux : Elisabeth Bremer, Peter Lagerloef, Columbas, etc. Puis au xviiie siècle, Gyllenborg, lyrique et fabuliste ; Kellgren, Oxenstierna, Anna Maria Lenngrenn, Bellman, chansonnier le plus populaire de tous. Au xixe siècle, Erik-Gustaf Gedjer et son groupe, se réclament de Shakespeare. Franz Mikael Franzen se prétend individualiste. Puis viennent Johan Ludwig, Raneberg, Elis Malmstroem et, enfin, vers 1880, le génial Augus Strindberg. Parmi les derniers : Gustaf Frœding, Per Hallstrœm, etc.

La poésie norvégienne s’impose à l’admiration avec deux grands poètes dramatiques : Ibsen et Bjoernstjerne Bjoernson : A côté de ces maîtres : Gaspari, Randers, Diétrichson, poètes lyriques.

La poésie danoise nous offre Andersen qui est également un conteur ; Grundtwig, barde guerrier ; Johannes Hansen, autre barde guerrier ; Aarestup (l’Henri Heine danois), Paladan Meiller, Parmo Carl Ploug, auteur des chants populaires, etc…

La Russie peut être divisée en trois périodes littéraires : dans la première, les Russes écrivent le slavon, ou slave de l’Église ; dans la deuxième, avec Pierre le Grand, le russe apparaît. Lomonossow renouvelle la poésie et donne la première grammaire nationale. Soumarokow crée le théâtre. Dans la troisième période, Pouchkine représente le romantisme et, en même temps, les débuts de la véritable poésie russe ; c’est un des plus grands poètes russes, auquel on doit, entre autres poèmes, Le Prisonnier du Caucase et le célèbre roman en vers Eugène Onéguine. Mais ce sont surtout les romanciers qui dominent. Les poètes qui succèdent à Pouchkine ne le valent pas, sauf peut-être Lermontow. Ce sont Nekrassow, Nadson, Maïkow, Tioutchew, etc… — Victor Méric.


POGROME n. m. Mot russe adopté tel quel, dans un sens précis, même spécial, par d’autres langues et, en particulier, par la langue française.

Philologiquement, le mot pogrome se compose de la racine grom et du préfixe po. (Notons à ce propos que le mot progrome, employé fréquemment par la presse française au lieu et au sens de pogrome, n’est qu’une erreur, une mutilation du vrai terme. Le mot progrome n’a pas de sens, le préfixe pro ayant, en russe, une signification qui ne peut s’adapter à la racine grom. Le mot progrome est donc, tout simplement, inexistant.) Avec la racine grom, la langue russe forme le verbe gromit qui signifie dévaster, saccager, massacrer. Prenant la même racine grom et y ajoutant le préfixe po, on obtient le substantif pogrome qui signifie l’action de dévaster, de saccager, de massacrer. (En ajoutant


à la même racine grom un autre préfixe russe raz, on obtient un autre substantif — razgrome — qui veut dire aussi dévastation, ruine. Mais, tandis que le mot razgrome, à part son sens spécial de débâcle militaire, signifie une dévastation ou un désordre purement matériel, provoqué plutôt par des forces naturelles ou fatales, le terme pogrome désigne nettement un acte de saccagement et de massacre conscient, volontaire, prémédité plutôt que spontané, accompli par plusieurs personnes dans le but même de dévaster, de saccager, de détruire, de piller, de violenter, d’assassiner, de massacrer.)

On entend donc par pogrome, au sens général du terme, tout acte volontaire de dévastation, de destruction, plus ou moins importante, de valeurs matérielles et aussi de vies humaines, acte insensé, sauvage, accompli par plusieurs personnes ou, plutôt, par une foule déchaînée, poussée à ce crime par un aveuglement de haine ou de colère, par une soif presque pathologique de vengeance, de violence, de sang…

Mais, si l’on n’employait ce terme que dans ce sens général, il n’y aurait pas de raison pour qu’il soit emprunté, par les langues étrangères, à la langue russe. Le mot massacre, par exemple, suffirait largement à la langue française. Et, en effet, tous les « pogromes » qui ont eu lieu, au cours de l’histoire humaine, en France et dans d’autres pays du monde — « pogromes » religieux, politiques ou autres — sont qualifiés en français massacres.

En empruntant à la langue russe le mot pogrome, on a voulu désigner par là quelque chose de tout à fait spécial, de spécifiquement russe. En effet, le mot pogrome signifie, en russe, — à part son sens général — spécialement et surtout un massacre de Juifs en masses. Des massacres de ce genre — des pogromes — ont eu lieu en Russie, périodiquement, depuis la fin du xixe siècle, jusqu’à la chute du tzarisme, et même au-delà. Et c’est bien dans ce sens spécifique que le mot pogrome fut adopté par les langues étrangères. Frappés par la monstruosité de tels procédés en plein xxe siècle, emportés souvent par un élan de vive protestation contre de telles abominations, les peuples des autres pays prirent l’habitude de désigner ces horreurs par le terme originel.

Le lecteur trouvera certains détails sur les pogromes, en Russie, au mot Antisémitisme (voir pages 101-102). Nous les complèterons ici.

Vers la fin du xixe siècle, l’absolutisme tzariste commença à être de plus en plus sérieusement menacé par toutes sortes de mouvements révolutionnaires et populaires — conséquence naturelle d’une oppression politique écœurante et d’une situation misérable, tant matérielle que morale, des masses laborieuses.

Pour faire face à ces mouvements, le gouvernement ne trouva rien de mieux que de recourir à de vieilles recettes éprouvées, notamment : d’une part, à des répressions de plus en plus sévères, et, d’autre part, aux moyens de canalisation du mécontentement populaire vers des manifestations moins dangereuses pour le régime. Dans cet ordre d’idées, le gouvernement n’hésita pas à exploiter la crédulité, l’ignorance et les préjugés religieux des masses, à faire appel aussi aux instincts les plus bas de la « bête humaine », pour rejeter sur les Juifs la responsabilité de tous les malheurs et aiguiller dans ce sens la colère du peuple. Les journaux gouvernementaux et « bien pensants » menaient une propagande systématique contre les Juifs. On les accusait de trahison, de menées antinationales, de tous les crimes et de tous les vices. Et, de temps à autre, on lançait contre eux des bandes déchaînées recrutées parmi les bas-fonds de la police et les éléments désœuvrés des villes. Hâtons-nous de dire que la vraie population laborieuse restait toujours plus ou moins étrangère à ces actes de sauvagerie et que, par la suite, le proléta-