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POE
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riat des villes organisait même, assez souvent, la défense de la population juive contre les massacreurs. Car, quant à la police, même lorsqu’elle ne dirigeait pas directement ces massacres, elle les préparait toujours dans les coulisses, elle fermait toujours les yeux sur ce qui se passait, elle n’intervenait efficacement que lorsque les événements menaçaient de dépasser les cadres prévus et de prendre des dimensions « exagérées ».

Ce qui se passait au cours des pogromes « non exagérés », dépasse en horreur toute imagination : des appartements — souvent même des maisons entières – saccagées ; des biens enlevés et emportés en tas, avec des cris sauvages de triomphe bestial ; des hommes tués en masse avec une cruauté inouïe ; des femmes violentées et ensuite éventrées au milieu des ruines ; des enfants saisis à pleins bras et embrochés sur des sabres ou écrasés contre les murs… Et l’on faisait peu de distinction entre les Juifs aisés et la malheureuse population juive ouvrière… Les descriptions détaillées de certains pogromes juifs de grande envergure — descriptions faites par des témoins oculaires — produisent une impression terrifiante, à un tel point qu’il est impossible de les lire jusqu’au bout d’un seul trait. Et quant à ceux qui ont eu le malheur d’être victimes d’un pogrome ou même seulement d’y assister, ils finissent assez souvent par en avoir la raison ébranlée. Ajoutons que la documentation certifiée exacte sur les pogromes est abondante, aussi bien en Russie qu’à l’étranger.

C’est surtout dans les premières années du xxe siècle, au fur et à mesure de la croissance du mécontentement populaire contre le système absolutiste, que les pogromes prirent une allure de périodicité et apparurent en véritables séries. En voici les principaux : à Odessa, en octobre 1905 ; à Kiew, octobre 1905 ; à Tomsk, octobre 1905 ; à Gomel, en janvier 1906 ; à Biélostock, en juin 1906 ; à Kitchinew, plusieurs pogromes en 1905 et 1906. Les victimes de ces pogromes se comptent par centaines, parfois même par milliers. Et, à part ces pogromes d’envergure, il y en a eu des dizaines de moindre importance. Après 1906, la vague des pogromes est tombée comme par enchantement, le gouvernement se sentant plus en sécurité après avoir brisé la révolution de 1905.

La révolution de 1917 et la chute du tzarisme ne mirent pas complètement fin à la pratique des pogromes, Partout où les éléments contre-révolutionnaires reprenaient momentanément le dessus (les mouvements de Petlioura, de Dénikine, de Wrangel, de, Grigorieff et autres), les pogromes juifs reprenaient de plus belle, sur l’ordre ou, en tout cas, sous l’œil bienveillant des chefs, qui cherchaient à acquérir ainsi une popularité et à flatter les instincts malsains des masses sur lesquelles ils s’appuyaient.

Peut-on dire au moins qu’actuellement les pogromes en Russie ne sont plus que des cauchemars du sombre passé, et qu’ils ne pourront plus jamais ressusciter ? Hélas, non ! On ne peut pas l’affirmer. Au risque d’étonner certains lecteurs, nous devons avouer, en toute franchise, que l’antisémitisme existe toujours en Russie, et que des pogromes sont encore fort à craindre dans l’avenir.

L’antisémitisme russe moderne n’a plus, il est vrai, les mêmes bases ni le même sens qu’autrefois. Ses bases et son sens sont devenus plus vastes, plus profonds et plus nets. Ses effets n’en pourraient être que plus désastreux. Ce ne sont plus des suggestions d’en haut qui le nourrissent, mais des appréciations qui naissent et se répandent dans les couches populaires elles-mêmes. A l’heure actuelle, il couve sous la cendre. Mais il peut éclater, un jour, en une explosion terrible.

Quel est donc l’aspect de ce nouvel antisémitisme en U.R.S.S. ?


Malgré l’opinion inverse de beaucoup de gens à l’étranger qui, dupés momentanément par la propagande intense et par la mise en scène très habile des bolcheviks, ignorent totalement la réalité russe actuelle, le régime bolcheviste n’est pas stable. Nous l’affirmons catégoriquement. On attribue à Trotski une fameuse parole qu’il n’a, peut-être, jamais prononcée, mais qui, indépendamment de son auteur, dépeint bien la vraie situation en U.R.S.S. Trotski aurait dit, un jour, au début du régime bolcheviste, répondant à quelqu’un qui doutait de la solidité de ce nouveau système étatiste : « Trois cent mille nobles ont pu gouverner ce peuple durant trois siècles. Pourquoi donc trois cent mille bolcheviks ne pourraient-ils en faire autant ? » L’analogie entre les deux « possibilités », l’ancienne et la nouvelle, dépassa, peut-être, la pensée de l’homme : elle est complète. La réalité russe actuelle y est bien exprimée : un peuple opprimé par une couche privilégiée, laquelle se maintient au pouvoir par tous les moyens. On avait pourtant bien raison d’appeler la Russie tzariste « géant aux pieds d’argile ». Car, tout l’édifice d’alors avait pour base l’oppression et l’esclavage des masses. L’histoire a bien prouvé la vérité de la formule : le géant s’est effondré. Mais, le nouveau « géant », l’U.R.S.S., a, lui aussi, des pieds d’argile, car il se maintient, exactement comme l’autre, au moyen de l’oppression et de l’esclavage des masses, Il finira donc aussi, inévitablement, par s’effondrer. Et, dans les conditions actuelles, il ne pourra jamais se maintenir, même le long d’un quart de siècle.

Eh bien ! Le jour où les événements en U.R.S.S. prendront une tournure défavorable pour les maîtres de l’heure, la colère du peuple tombera fatalement sur les têtes de ces maîtres qu’il tiendra pour responsables de toutes ses misères et de l’échec de la Révolution. Or, il y a beaucoup de Juifs dans les rangs du parti communiste russe, surtout parmi les dirigeants et les chefs. « Nous sommes opprimés par des étrangers et par des Juifs » — cette appréciation est courante en U.R.S.S. Il est possible, dès lors, que dans l’ouragan de la lutte et sous l’accès de la haine, toute la population juive devienne l’objet des violences de la foule déchaînée. Il nous reste à espérer que la masse laborieuse trouvera en elle-même, une fois de plus, assez de bon sens, de volonté et de force, pour ne pas permettre à un mouvement salutaire contre les véritables oppresseurs de dégénérer en un nouveau massacre des Innocents. — Voline.


POISON n. m. Au sens figuré, le terme poison s’applique à tout ce qui trouble l’existence et nuit au bonheur de la vie. Au sens strict, il convient aux substances capables de provoquer, à faible dose, la mort ou la maladie. Ces substances peuvent être introduites dans l’organisme par voie respiratoire, par voie digestive, à l’aide de piqûres, etc. ; elles provoquent un empoisonnement aigu ou chronique, dont les symptômes varient suivant la nature du corps absorbé. Les poisons furent connus des anciens, non seulement par les accidents fortuits qu’ils provoquaient, mais par les recherches intentionnelles d’individus ou de sectes qui les utilisaient contre leurs ennemis. En Égypte, les prêtres de Toth étaient parvenus à en préparer un grand nombre ; c’est d’eux, selon Homère, que les Grecs reçurent leurs premières notions de toxicologie. La liste des empoisonneurs fameux est longue, et les femmes y tiennent une place importante. A Rome, la sinistre Locuste mit son art au service de Néron et d’Agrippine ; au xviie siècle, les crimes de la marquise de Brinvilliers et de la Voisin, sa complice, émurent vivement l’opinion ; quant à Mme Lafarge, condamnée en 1840 pour avoir empoisonné son mari, plusieurs inclinent à croire, même à notre époque, qu’elle fut victime d’une erreur judiciaire. Bien d’autres cas célèbres mériteraient qu’on les citât ; sans parler de la multitude des empoisonne-