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cocaïne. Une cure méthodique permet de se déshabituer des différentes drogues dont nous venons de parler ; après guérison beaucoup reviennent à leur ancien vice. Le hachich, tiré du chanvre indien, n’a jamais eu que fort peu d’amateurs chez nous. On l’ingère sous forme de boulettes, de pastilles, de confiture surtout ; on fume aussi le chanvre indien. L’effet n’est pas instantané ; il commence par le besoin de gesticuler sans raison, suivi de crises d’hilarité interminables, irrésistibles. Puis les sens, doués d’une acuité incroyable, perçoivent mille choses qui leur échappent à l’état normal, et les extases hallucinatoires commencent. Elles varient selon le tempérament, les préoccupations, les désirs, le degré de culture des individus ; elles sont dirigeables, ce qui est plus extraordinaire. On dit du hachich qu’il est un prodigieux révélateur de l’inconscient. Mais si désastreux sont ses effets, qu’il fut interdit dès le moyen âge par certains gouvernements orientaux.

Rangeons aussi parmi les poisons des substances qui, sans introduire l’individu dans le monde des paradis artificiels, provoquent chez lui des excitations factices et l’intoxiquent plus ou moins rapidement. Le tabac et l’alcool rentrent dans cette catégorie. On dit peu de mal du tabac ; il provoque néanmoins, chez qui en abuse, des phénomènes toxiques bien caractérisés. La nicotine, qu’il contient à dose variable, est un poison violent : huit gouttes tuent un cheval en quatre minutes, dix centigrammes provoquent la mort d’un chien de taille moyenne. Les ouvriers des manufactures de tabac éprouvent, au début, des vertiges, des coliques, des nausées ; après quelques semaines ils s’habituent, mais la sécrétion urinaire devient plus abondante et le teint demeure terne. Chez les grands fumeurs, l’affaiblissement de la mémoire est fréquent, de même que les troubles de la vision appelés « mouches volantes » ; il faut y voir le résultat des légères congestions cérébrales, qui se répètent trop souvent chez l’amateur passionné de la pipe ou de la cigarette. Palpitations de cœur, carie dentaire, faux asthme, pharyngite granuleuse, perte de l’appétit, certains cancers, certaines névralgies peuvent aussi résulter du tabagisme. L’alcool produit une excitation factice qui le fait rechercher par les travailleurs ; et si trop d’artistes ou d’écrivains furent aussi ses victimes, c’est qu’il rend au début les idées plus abondantes, l’intelligence plus vive. Mais l’on pourrait difficilement exagérer la gravité de ses méfaits. Le terme « alcool » convient, d’ailleurs, à une nombreuse famille de produits distillés, dont le plus commun est l’alcool éthylique, base essentielle de l’eau de vie ordinaire. Il en existe d’autres : alcool propylique, butyrique, amylique, méthylique, etc., dont la nocuité s’avère encore plus grande et qui se retrouvent parfois, en faible quantité, dans les alcools et les liqueurs de consommation. C’est aux acides prussique, acétique, formique, etc. au furfurol, à l’aldéhyde benzoïque et à d’autres impuretés dangereuses que les eaux-de-vie de marque doivent la saveur et le parfum qui les font rechercher des gourmets. On s’est demandé si l’alcool était un véritable aliment, ou s’il traversait seulement le corps et s’éliminait sans profit pour l’organisme. Même s’il constitue un aliment, on admet aujourd’hui que c’est à dose très minime ; trop concentré, il irrite les muqueuses, trouble la sécrétion des sucs gastriques et rend plus ou moins insolubles les albuminoïdes et les féculents. Peau, reins, poumons n’échappent pas à son action désastreuse ; parfois il congestionne le foie, parfois il le resserre et le durcit ; il détermine une hypertrophie puis une dégénérescence du cœur, occasionne la rigidité des vaisseaux sanguins et favorise anévrismes ou hémorragies. Parce qu’il attire l’alcool en forte proportion, le système nerveux est particulièrement atteint ; l’intoxication du cerveau, aiguë ou chronique, aboutit à de graves désordres de l’intelligence et de la motricité. Hallucinations des sens, delirium tremens sont les ultimes conséquences de l’abus


du poison. Et ce n’est pas l’individu uniquement qui souffrira, sa descendance aussi sera frappée, tant l’influence de l’alcool est profonde sur les glandes séminales et sur leurs produits. Pour satisfaire son besoin d’évasion, pour fuir les vulgarités de la vie courante ce n’est pas aux toxiques qui ruinent le corps et troublent l’esprit, que l’homme doit recourir. Comme nous l’avons montré dans « Vers l’Inaccessible », des ondes généreuses et limpides s’offrent pour apaiser les cœurs assoiffés d’idéal. Malheureusement, il existe aussi des poisons intellectuels et qui ne sont pas les moins redoutables. Religion, chauvinisme patriotard, culte de l’Autorité et de l’Argent ont fait incomparablement plus de victimes que l’arsenic ou l’oxyde de carbone. Mais nos contemporains, dans l’ensemble, ne parviennent pas encore à le comprendre. — L. Barbedette.


PÔLES n. pl. (du grec polein : tourner). La sphère céleste semble tourner tout entière, il est en ouest, autour d’un point du ciel voisin de l’étoile Alpha de la Petite Ourse (étoile polaire). Si nous faisons partir dans la direction du fil à plomb, une ligne imaginaire qui traverse le centre de la terre et qui va aboutir de l’autre côté de la sphère, nous obtiendrons l’axe de la terre, c’est-à-dire la ligne autour de laquelle elle semble tourner. Chacun des points où l’extrémité de l’axe terrestre perce le globe est un pôle. Celui tourné du côté de l’étoile polaire est le pôle nord, boréal ou arctique. Le pôle opposé est le pôle sud, austral ou antarctique. S’appellent zones glaciales ou régions polaires, les pays ou océans compris autour des pôles dans l’intérieur des cercles polaires, lesquels sont respectivement situé à 66° 33’de l’équateur. Elles occupent les 8/10e de la surface totale du sphéroïde terrestre.

Les rayons solaires ne font que glisser à la surface de ces régions désolées et froides. La sphéricité du globe amène les rayons du soleil, de verticaux qu’ils sont à l’équateur à devenir de plus en plus obliques vers les pôles. Et comme la température d’un lieu dépend de l’échauffement de ce lieu par le soleil, elle décroît donc de l’équateur aux pôles ; d’autre part comme le soleil échauffe la terre, non pas par la distance à laquelle les divers points du globe se trouvent par rapport à l’astre du jour, mais proportionnellement à la perpendicularité des rayons, on conçoit que la vie végétale et animale, à plus forte raison la vie humaine, n’existe pour ainsi dire pas dans les régions polaires. Au nord, seules les côtes les plus méridionales et surtout celles de l’ouest dans la direction du détroit de Davis et de la mer de Baffin, sont habitées par une population de nomades atteignant à peine 10.000 habitants. Au cours des longs hivers, la température s’abaisse parfois jusqu’à 50 à 60 degrés sous zéro et elle ne s’élève guère pendant les courts étés à plus de 6 à 7 degrés au dessus de zéro. De plus, l’inclinaison de la terre sur son axe, produit une différence dans la durée du jour et de la nuit, suivant la latitude du pays que l’on considère. Aux cercles polaires le soleil ne se couche pas pendant le jour du solstice d’été et ne se montre pas le jour du solstice d’hiver. Depuis ce cercle jusqu’au pôle, le soleil ne se lève pas ou ne se couche pas pendant un nombre de jours qui va toujours en augmentant jusqu’au pôle même où l’on trouve six mois de jours et six mois de nuit.

On conçoit aisément que, dans ces régions qui connaissent un été très court (3 mois) et où le sol est presque toujours gelé, où l’océan est recouvert d’une banquise épaisse, la faune et la flore soient très restreintes. La faune terrestre est à peu près nulle dans les régions polaires australes, elle est plus riche dans les régions boréales. Nous y trouvons des carnassiers de petite taille : blaireaux, renards, martes ; des rongeurs : lièvres blancs, lemmings et des carnassiers de grande taille : ours blancs ; des ruminants : bœufs musqués, rennes, élans, etc… La faune aérienne et marine est