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mort et qu’une certaine « élite », non « primaire », prétende lui rendre hommage.

Il écrivait : « Eh bien ! oui, je suis pauvre, fils de pauvre, j’ai passé ma vie avec des pauvres et selon toute apparence je mourrai pauvre. Que voulez-vous ! je ne demanderais pas mieux que de m’enrichir ; je crois que la richesse est bonne de sa nature et qu’elle sied à tout le monde, même au philosophe. Mais je suis difficile sur les moyens, et ceux dont j’aimerais à me servir ne sont pas à ma portée. Puis, ce n’est rien pour moi de faire fortune tant qu’il existe des pauvres… Quiconque est pauvre est de ma famille… De toute cette misère, je n’eusse dit jamais rien, si l’on ne m’eût fait une espèce de crime d’avoir rompu mon ban d’indigence et de m’être permis de raisonner sur les principes de la richesse et les lois de sa distribution. » Il disait aussi : « Pour se tirer d’affaires dans le monde actuel, il faut certains talents et certaines complaisances que je n’ai pas. »

Paul de Koch raisonnait en « primaire » quand il disait : « Il n’y a que les imbéciles que la fortune peut changer. » Il ne savait pas qu’en régime de muflisme la fortune rend intelligents les imbéciles alors que la pauvreté rend imbéciles les intelligents.

« Primaire » était Boileau disant aux poètes :

« Travaillez pour la gloire, et qu’un sordide gain
Ne soit jamais l’objet d’un illustre écrivain. »

« Primaire » était Stendhal quand il disait : « L’homme d’esprit doit s’appliquer à acquérir ce qui lui est strictement nécessaire pour ne dépendre de personne — (ce nécessaire, pour Stendhal, était 6.000 francs de revenu annuel) — mais si, cette sécurité obtenue, il perd son temps à augmenter sa fortune, c’est un misérable. » Baudelaire n’était pas moins « primaire » en commentant ainsi l’opinion de Stendhal : « Recherche du nécessaire, et mépris du superflu, c’est une conduite d’homme sage et de stoïcien. » M. A. Suarès a été un « primaire » doublé d’un blasphémateur quand il a écrit : « Un des mensonges les plus corrupteurs, entre ceux qui font lupus sur l’âme moderne, consiste à donner pour de grands esprits ces faiseurs d’argent qui pullulent partout, qui fondent d’énormes fortunes dans tous les désordres publics, qui finissent en prison quand ils n’ont pas eu assez de bonheur, et au prytanée de l’admiration générale, quand ils réussissent. Il n’y a que le succès entre Rochette et Rockefeller… Il faut une merveilleuse bassesse pour qu’on les appelle « grands capitaines d’industrie » et qu’on les admire (les hommes d’argent). Leur habileté tient par toutes sortes de moyens et de pratiques à celle des voleurs. Il y a de l’ignoble dans tout ce qu’ils font, dans tout ce qu’ils sont, et dans tout ce qu’ils disent comme dans leur figure. Ces museaux vous ont un air respectable et cynique, où se composent les forces inégales du bagnard, du clergyman et du prêteur romain. »

« Primaire » est celui qui se fie aux apparences, aux paroles, aux promesses. Il est comme l’animal confiant à qui des coups sont nécessaires pour apprendre à se méfier.

« Primaire » est celui qui s’étonne que le commandement : « Tu ne tueras point ! » veuille dire : « Tu tueras patriotiquement ! », que le crime heureux soit juste et que la friponnerie devienne une vertu quand elle est pratiquée dans le grand.

« Primaire » est celui qui ne comprend pas que les bonnes œuvres ne comptent point sans la grâce, et qu’il y a plus de place au ciel pour un Cartouche dévot que pour un Socrate. (Voltaire.)

« Primaire » est celui qui croit que « les hommes sont égaux par l’âme (Renan), qui « veut organiser la conscience dans la démocratie » (Pressensé), et pense qu’il peut être un gouvernement incitant les hommes à autre


chose qu’à monter de la pègre d’en bas à celle d’en haut.

« Primaire » est celui qui recherche dans l’art la nature et l’humanité et ne sait pas, comme les « intelligents critiques », trouver du génie dans l’insanité.

« Primaire » était Rabelais disant que « science sans conscience est la perte de l’âme », et « primaires » sont les savants qui représentent le savoir et le travail intellectuel parmi le peuple et non parmi le snobisme académique.

« Primaires » sont les peuples primitifs qui n’ont pas inventé le canon, les gaz asphyxiants, la conscription, le suffrage universel, le sex-appeal, et pour qui Mme Baker est une vulgaire négresse.

On n’en finirait pas d’énumérer les exemples du « primariat ». Il est innombrable, comme le muflisme dont il est la contrepartie, car, socialement, sont des « primaires » tous ceux qui ne sont pas des mufles, ne cherchent pas à arriver, à paraître par de vilains moyens. Il peut se faire qu’un « primaire », universitaire ou politique, soit un mufle ; il est aussi impossible à un « mufle » d’être un « primaire » social qu’à un riche d’entrer dans le royaume des cieux. Maxime Gorki, un « primaire » lui aussi, a posé aux « maîtres de la culture » cette question : « Avec qui êtes-vous ? Avec la force laborieuse de la culture pour créer de nouvelles formes de vie, ou contre cette force pour maintenir la caste de rapaces irresponsables, caste à la tête pourrie, qui ne continue plus à agir que poussée par la force d’inertie ? » Les « maîtres de la culture » risquent de se laisser mourir, comme l’âne de Buridan, parce qu’ils ne voudront pas choisir par affectation aristocratique. Pour nous, « primaires », notre choix est tout fait ; nous sommes avec la force laborieuse de la culture créatrice de nouvelles formes de vie, contre la caste des rapaces, contre la caste à la tête pourrie. — Edouard Rothen.


PRIMITIF adj. Qui est à l’origine. Mot primitif : qui a donné naissance à des mots dérivés. Langue primitive : qui aurait été formée la première (mais y a-t-il eu une langue primitive ?) Ignorance toute primitive : qui a la simplicité des premiers âges. (Larousse) Couleurs primitives (en peinture) : qui, par leurs combinaisons, peuvent produire les autres couleurs (rouge, jaune, bleu, blanc et noir) ; (en physique) couleurs du spectre solaire : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orangé, rouge. Terrains primitifs (géologie) : les plus anciens qui soient accessibles à notre investigation. « Le terrain primitif est privé de fossiles, mais il est « très difficile de le distinguer de certaines formations sédimentaires que le métamorphisme a rendues cristallines et chez lesquelles il a détruit les fossiles. Le terrain primitif paraît devoir être représenté par le gneiss et le micaschiste et par quelques autres roches cristallophylliennes. » (Ency.)

Nom m. Les primitifs, artistes, peintres et sculpteurs, qui ont précédé les grands maîtres. La primitive Église : celle des premiers siècles du christianisme (voir ces mots). Nom ancien des Quakers qui prétendaient faire revivre cette Église primitive. Les primitifs (ethnolog.) : peuples qui sont encore au degré le plus bas de la civilisation. Homme primitif : ancêtre qui est à l’origine de l’Humanité.

Les recherches sur l’homme primitif ont porté un coup mortel au dogme de la création. L’origine de l’homme (voir ce mot), remonte, non à 6.000 ans environ, comme l’indiqueraient les évaluations fantaisistes de la Bible, mais à plusieurs centaines de mille, sinon à des millions d’années. L’homme fossile a vécu à l’époque quaternaire. Il a été prouvé, par de multiples découvertes, que l’homme a été le contemporain, en notre pays, du Mammouth et du Renne. La science