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cent rien de plus que des dispositions acquises qui nous portent à accueillir, autant que possible les expériences futures avec les mêmes modes d’attention et les mêmes gestes que les expériences passées. » Durkheim et ses disciples veulent expliquer ces habitudes par des facteurs d’ordre sociologique. Ils prétendent que la raison est un simple produit de la vie sociale et religieuse, et que les principes qui la constituent se ramènent à des règles collectives dépassant la mentalité des individus. Exagérations manifestes, nées du désir d’accroître démesurément l’importance de la société. C’est de la structure de notre cerveau, de notre organisation nerveuse et mentale que les grands principes de la connaissance dépendent en dernier ressort. La vie sociale présuppose des dispositions individuelles qu’elle développe seulement. Quant à la valeur de ces lois rationnelles, certes elle est relative ; mais en sa faveur plaident tout le passé de l’univers et tous les faits que l’expérience nous offre actuellement. C’est une preuve d’importance capitale, on en conviendra ; surtout si l’on songe que les doctrines, qui dénient à ces lois toute vraie valeur, apparaissent comme absolument arbitraires et sans appui dans le réel. — L. Barbedette.

PRINCIPE n. m. Le principe est une proposition qui sert de fondement à d’autres. Le principe tient, à l’origine, au début d’un acte, d’un fait ; il est la première cause, la raison, la base, la source. Par extension, on donne quelquefois le nom de principe à l’opinion, ce qui revient à dire que ces principes ne sont pas immuables ni guère scientifiques. Comme le principe signifie, au propre, la source, l’origine, il s’ensuit que, lorsqu’il ne s’agit pas d’une cause, il n’y a principe qu’au figuré.

Selon le sens d’une proposition, le principe signifie le commencement, représente le point de départ d’un raisonnement, d’une règle de conduite, comme il peut signifier ce qui n’a pas de source, de commencement.

Une expression qui a des valeurs si différentes, si opposées même, ne peut qu’embrouiller les questions qu’elle devrait aider à faire résoudre. A cet effet, Cicéron dit que : le principe est ce qui n’a pas d’origine, car c’est du principe que tout vient, et le principe, lui, ne saurait venir de nulle autre chose…

Si on donne au mot principe le sens figuré, on ne trouve de concevables, comme tels, que la force et la sensibilité ; le principe de mouvement et le principe de la connaissance. M. L. De Potter dira : les deux seuls ordres de faits, dont nous nous rendons compte, ne peuvent dériver d’ailleurs.

La première connaissance qu’acquiert la sensibilité est celle de la force qui la modifie, celle du mouvement, de la matière. Il lui reste à déterminer si elle est, elle-même, un résultat de ce que cette connaissance lui a servi à constater, ou si, indispensable à cette constatation, elle est antérieure à son objet. Au premier cas, la force existe seule ; au second, il y a de plus la sensibilité qui parvient à la conscience d’elle-même et établit, par la perception de modifications diverses, sa réalité immuable qui représente le principe.

A un moment où il n’y a plus de foi, encore pas de certitude du fait, que la vérité d’aucun principe ne peut être démontrée et pratiquée socialement, rien de plus incohérent que la question de principe. Aussi, malgré ou avec les prétendues lumières de l’époque, toutes les questions morales et sociales se réduisent à des questions d’ordre public, de nécessité temporaire, et les questions de principe ne comptent guère. — Elie Soubeyran.


A PRIORI (locution latine signifiant de ce qui précède). Cette expression est d’un usage courant dans le langage philosophique et scientifique ; elle s’applique aux pures créations de l’intelligence qui ne s’appuient sur aucun fait positif. Inversement, on déclare a posteriori


(d’après les conséquences), raisonnements et systèmes basés sur la réalité observable. En effet, deux méthodes opposées s’offrent à l’esprit. Ou bien l’on part d’un principe posé d’avance, pour en tirer les conséquences et en prévoir les répercussions dans le monde expérimental ; ou bien des phénomènes particuliers l’on s’élève aux causes qui les engendrent, aux lois qui les gouvernent. La première méthode est a priori, la seconde a posteriori. Séduisante et facile d’aspect, la méthode a priori n’est pas soumise aux lenteurs de l’observation et de l’expérimentation ; elle assure plus d’unité et d’harmonie aux systèmes qu’elle élabore. Mais, réduite à elle-même, elle ne donne que des résultats hypothétiques, des constructions sans solidité. Avant de s’élever aux vues générales, aux formules d’ensemble, il importe d’examiner avec attention les faits particuliers. Dans sa recherche des causes et des lois, l’esprit doit s’appuyer, pour prendre son essor, sur le terrain solide de l’expérience. La méthode a priori trouvera sa place légitime, quand les principes seront bien établis. Alors seulement elle permettra d’aboutir à des conséquences d’une certitude absolue. En mathématique, la méthode a priori ou déductive est devenue essentielle de bonne heure, parce que cette science ne requiert qu’un nombre très limité de principes fort simples, et qu’elle entreprend de construire un monde abstrait, non d’expliquer le monde réel. Dans les sciences expérimentales, physique, biologie, psychologie, sociologie, histoire, qui se proposent de nous faire connaître l’univers tel qu’il est, la méthode a posteriori ou inductive s’avère d’une importance primordiale au contraire ; la déduction intervient seulement lorsque ces sciences, déjà très évoluées, peuvent exprimer leurs lois en langage mathématique. (Voir les articles Mathématiques et Physique.) Nombre de philosophes ont utilisé la méthode a priori pour édifier leur système. Ce fut le cas de Spinoza, de Fichte, de Hegel et de bien d’autres. Le premier procéda même à la façon des mathématiciens par axiomes, définitions, corollaires, etc. ; sa doctrine reste le type par excellence des métaphysiques déductives. La connaissance expérimentale n’a d’autre raison de nous intéresser, d’après Spinoza, que son utilité pratique ; c’est grâce à la déduction seulement que nous trouvons une vérité indépendante des hasards qui déterminent l’existence des objets. Erreur et vérité résultent d’un certain rapport entre les idées, nullement de la non constatation ou de la constatation d’un fait. Le concept de sphère, obtenu en faisant tourner un demicercle autour de son diamètre, est vrai ; pourtant, dans la nature, aucune sphère n’a été formée de la sorte et aucune n’est parfaitement conforme à la figure conçue par notre esprit. Une déduction, plus ou moins correcte, voilà ce qui sépare l’idée vraie de l’idée fausse. Si je déclare qu’un homme est brusquement transformé en rocher, je suis en présence d’une idée fausse, d’une fiction, non parce qu’expérimentalement je n’ai jamais rien constaté de pareil, mais parce que je n’arrive pas à me représenter réellement qu’un homme soit transformé en rocher. Je pense à un homme, puis à un rocher ; je ne vois pas comment l’événement s’accomplit. C’est de la manière dont on le pense que résulte la vérité d’un concept. Pour avancer sans crainte d’erreur dans la connaissance des choses un peu compliquées, il faut procéder comme le géomètre. La déduction correcte nous montrera comment telle chose est engendrée par une autre, qui l’est elle-même par une troisième et ainsi de suite. Mais comme il n’est pas possible de remonter indéfiniment de cause en cause, l’on aboutit à une vérité première, qui rend possible la déduction. Une connaissance intuitive et immédiate de chaque essence déterminée, voilà ce qui intervient constamment. L’erreur résulte de ce que nous avons des idées incomplètes ; le faux n’implique en soi rien de positif ; il n’est tel que pour nous et discursivement. En fait,