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mes droits, à la condition de remplir les mêmes devoirs, d’obtenir les mêmes avantages en échange des mêmes services, système, par conséquent, essentiellement égalitaire et libéral, qui exclut toute acception de fortune, de rang et de classe.

Ainsi, la pensée de Proudhon fixait à la fois le présent et l’avenir. Pour le présent : lutte de classes. Pour l’avenir : approfondissement de cette lutte devant se terminer par le triomphe révolutionnaire du prolétariat. Les deux affirmations sont, en effet, corrélatives. La négation de l’existence et de la lutte des classes entraîne la négation de la Révolution en faveur d’on ne sait trop quel progrès indéfini dans tous les domaines. Elle conduit droit au réformisme par la pratique d’une propagande purement idéaliste et subjective. Elle livre, sans défense, le Prolétariat à la Bourgeoisie.

À une telle doctrine, à l’usage des démocrates de la Ligue des Droits de l’Homme, s’opposera toujours victorieusement la théorie inattaquable de la lutte des classes. On ne la confondra pas avec un absurde fatalisme révolutionnaire, véritable caricature du marxisme, qui prétendrait assurer sans efforts le triomphe du prolétariat. Si l’on peut croire qu’il est des conditions objectives, indépendantes, dans une certaine mesure, de la volonté humaine, et hors desquelles la révolution ne sera pas, en revanche on peut dire qu’il est des conditions subjectives nécessaires pour le triomphe de cette Révolution. Il ne suffit pas qu’une conjoncture économique et politique soit révolutionnaire, il faut encore que le Prolétariat le soit.

Ce doit être une des préoccupations essentielles des anarchistes que de développer cette conscience révolutionnaire du prolétariat. En préconisant, selon les enseignements de Proudhon, une organisation politique autonome de la classe ouvrière, en acceptant toujours et dans tous les domaines la rupture de celle-ci avec la bourgeoisie, en travaillant à la formation d’une culture syndicale de classe s’opposant à la culture bourgeoise, en favorisant les courants contemporains en faveur d’une éthique et d’une esthétique prolétarienne ; ils dresseront, en face de la vieille et branlante société capitaliste, la société de demain, la société des travailleurs libres et égaux, sans dieux ni maîtres. — Lashortes.

PROLÉTAIRE. n. Le travailleur, l’homme que l’on désigne sous le nom de prolétaire, est celui qui ne possède pas de fortune, n’occupe pas une situation suffisamment lucrative pour le rendre indépendant. Dans l’Antiquité, à Rome surtout, le prolétaire était, comme de nos jours, un homme pauvre, pour qui la société n’avait guère de considération que pour les enfants qu’il engendrait pour servir de chair à plaisir ou à travail aux classes dirigeantes de l’époque. Il y a plus de différence dans la forme que dans le fonds entre le prolétaire de la Rome antique et celui de notre époque. Le prolétaire a été et est encore plus ou moins ouvertement un esclave collectif et politique.

Afin de définir plus nettement notre pensée sur le prolétaire, nous disons : tout membre de la société qui est complètement privé de la propriété d’une partie du sol, ou de ce qui en provient, et qui dépend, pour vivre, des propriétaires fonciers ou des capitalistes est un prolétaire.

La propriété d’une richesse est une des conditions indispensables du travail, c’est-à-dire à la possibilité de pourvoir aux nécessités de la vie ; l’autre condition est l’intelligence développée par la participation aux connaissances acquises à la société générale.

Quand la domination du sol, et de ce qui en provient, pèse sur la classe moyenne et sur lui, le prolétaire est moins malheureux que lorsque le capital dans son ensemble – c’est-à-dire richesse foncière et richesse mobilière – appartient à la noblesse et l’écrase. Si le


travailleur déshérité s’est insurgé pour la bourgeoisie contre la noblesse, c’est qu’il avait été fort longtemps horriblement exploité par celle-ci. De ce fait, il a quelque peu amélioré son sort quant à l’alimentation et à l’existence proprement dite ; mais, par contre, il a appris à sentir davantage, c’est-à-dire à souffrir moralement et, aujourd’hui comme par le passé, il reconnaît avec le fabuliste que : son ennemi c’est son maître. Cette situation de demi esclavage ne peut cesser que par une nouvelle organisation de la propriété, en général, et de la propriété foncière tout particulièrement. C’est de cette organisation sociale nouvelle qui, sans désorganisation et dans l’harmonie sociale, donnera à tous et à chacun les moyens d’être les artisans de leur fortune et de leur destinée, que le prolétariat disparaîtra. La propriété du sol entrée au domaine commun ou social et la participation de tous aux connaissances acquises sont les deux principales réformes à réaliser si l’on veut voir disparaître le prolétaire, le prolétariat et, par suite, le paupérisme.

Comme les propriétaires individuels formant des sociétés se combattent entre eux, malgré une apparente solidarité, et, à l’occasion, invoquent le secours des prolétaires pour renforcer leurs avantages, les travailleurs feront bien de se rappeler qu’ils sont encore les esclaves du capital et que leur intérêt véritable, sous toutes les latitudes, consiste à s’émanciper eux-mêmes. — E. S.


PROPHYLAXIE n. f. (du grec : pro, avant, et phulaxis, action de garantir). Nous entendons par prophylaxie l’ensemble des moyens que l’on peut mettre en œuvre pour se préserver de tel danger qui surviendrait presque fatalement sans ces précautions.

La prophylaxie ne sera pas seulement hygiénique ou thérapeutique, comme on l’a volontiers considérée jusqu’ici, mais elle intéressera également le plan intellectuel et moral de l’individu. Bien plus, nous pouvons l’étudier jusque dans ses ressources salutaires pour se garantir contre les fléaux économiques et sociaux.

En résumé, la prophylaxie est l’action de neutraliser, par des moyens appropriés, tous les éléments nocifs pouvant attaquer l’individu ou la collectivité dans sa santé physique, morale et sociale.

Il faut remonter à la plus haute Antiquité pour trouver les premières règles de prophylaxie hygiénique. Moïse, Mahomet n’hésitèrent pas à proscrire de l’alimentation de leurs peuples certaines viandes (le porc, entre autres, à cause de la trichinose) et certaines boissons alcoolisées. Le ramadan chez les musulmans, le carême chez les chrétiens, n’ont pas d’autre cause que de forcer les individus à une carence alimentaire très utile, surtout à l’époque du printemps.

Au cours des siècles, les grands fléaux épidémiques qui s’abattirent sur les peuples forcèrent ceux-ci à se soumettre à une prophylaxie rigoureuse et souvent brutale. Lors de l’invasion de la lèpre, qui se propagea d’une façon redoutable en Europe, à l’époque des Croisades, on employa le seul préservatif efficace, qui fut l’isolement. C’est dans ce but que furent créées les léproseries. Il existe une déclaration royale du 24 octobre 1613 réorganisant l’assistance due aux lépreux et faisant défense à ceux-ci de se marier avec des gens indemnes.

Pour la peste, on employa des moyens plus radicaux encore. Le 26 août 1531, le Parlement ordonna que toutes les maisons infestées par la peste eussent aux portes et aux fenêtres une croix de bois. Et, comme rien n’est nouveau sous le soleil, le bâton blanc que nous voyons aujourd’hui aux mains de nos aveugles, fut donné aux pesteux.

On cite aussi ce cas d’une prophylaxie par trop expéditive : le 27 septembre 1720, à Aix-en-Provence, un homme étant mort de la peste, on mura sa maison.