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Celle-ci était dans le faubourg de la ville. Trois hommes de cette maison voulurent, le soir, rentrer en ville : on les mit à mort.

Et quand on songe que l’épidémie de choléra de 1832, débutant à Calais et atteignant Paris, fit plus de cent mille victimes ; celle de 1848, à Dunkerque, cent dix mille ; enfin, que celle de Marseille, en 1865, détermina dans cette seule ville 14.600 décès en quelques mois, on trouve bien naturel que la société emploie tous les moyens possibles pour se défendre, et cherche de plus en plus à les améliorer.

En 1798, le médecin anglais Jenner publia son premier ouvrage sur la vaccine et, en juin 1800, eurent lieu les premiers essais de l’inoculation vaccinale contre la variole : elle est pratiquée avec succès sur une trentaine d’enfants. C’est, on peut dire, la première grande victoire prophylactique, car il faut arriver ensuite aux belles expériences de Pasteur pour que la porte soit ouverte toute grande à la lutte contre les éléments nocifs des principales maladies humaines. Nous passerons en revue ces différents procédés de préservation quand nous nous occuperons de la prophylaxie thérapeutique.

Pour l’instant, disons quelques mots de la prophylaxie hygiénique.

L’hygiène est la clef de toute bonne santé. Il faut qu’elle existe, au point de vue général, dans tous les endroits où doivent vivre en commun des agglomérations d’individus. Tout le monde ne peut pas habiter un appartement luxueux, où règne tout le confort moderne. Il faut donc remplacer, dans les logements plus modestes, ce luxe par des choses pratiques, et d’une propreté méticuleuse.

Il est indéniable qu’un grand progrès est actuellement réalisé. La destruction de la « zone parisienne », son remplacement par la construction de grands immeubles à loyers modérés, et, dans beaucoup de quartiers des grandes villes, la suppression d’îlots insalubres, nids à tuberculose, à fièvre typhoïde, à cancer, permettent au travailleur d’améliorer sa façon de vivre.

La facilité de plus en plus grande des communications avec la banlieue lui permet également de se désintoxiquer des miasmes accumulés dans les villes, et dont ses poumons sont imprégnés. L’effort n’a pas été moindre en ce qui concerne l’hygiène générale dans les grosses agglomérations d’individus : villes, usines, casernes, écoles, grands magasins, hôpitaux, etc. Partout, l’air circule mieux ; la vue se repose sur des jardins, des squares, des arbres. La nourriture, pour ceux qui sont nourris par la communauté, est très sensiblement améliorée. Enfin, l’aération, la désinfection des locaux, les vaccinations préventives, l’hydrothérapie, l’assistance médicale, les secours aux femmes en état de grossesse, tous ces facteurs entrent en ligne de compte pour réaliser une amélioration très sérieuse de la vie de l’ouvrier.

Est-ce à dire que la perfection est obtenue ? Hélas ! Il y a encore beaucoup à faire ! On publie des décrets défendant ceci ou cela, pour le bien des gens. Mais combien s’y conforment ? On défend de battre les tapis aux fenêtres : vous passez et recevez tous les microbes possibles échappés de chiffons poussiéreux ; on défend de laisser aux étalages extérieurs les produits de l’alimentation ; passez devant les crèmeries ou magasins de fruiteries : tout est par terre, pêle-mêle, et j’ai vu des chiens ne pas hésiter à se soulager sur ces paniers où vous irez ensuite puiser vos provisions. J’ai vu souvent le soir, dans les pâtisseries, des employés balayer très consciencieusement la boutique, n’ayant cure des gâteaux restant à découvert sur les tablettes : ils seront resservis le lendemain pleins de combien de microbes ?… Et combien d’autres faits je pourrais citer dans cet ordre d’idées !


Il y a, certes, beaucoup à faire, et nous verrons, surtout quand nous parlerons de la prophylaxie sociale, que l’homme n’est pas prêt d’atteindre au bonheur auquel il semble normalement avoir droit.

Une des bases de la prophylaxie hygiénique individuelle est la propreté corporelle. Notre époque est une époque de propreté, et la pratique des sports y a pour beaucoup contribué. Évidemment, j’envisage ici l’homme de condition moyenne, ne m’attardant pas aux riches qui ont tout, et plus encore, pour se donner tout le confort hygiénique possible – ni, non plus, à l’homme déchu, vivant au bas de l’échelle sociale, abêti par les passions et l’alcool. Donc, pour cet homme de condition moyenne, les soins de son corps, et la culture du dynamisme de ses muscles, lui permettent d’échapper à nombre de maladies, et d’arriver à une vieillesse saine et heureuse sans s’en apercevoir.

Les soins à apporter à certains organes particuliers sont des plus importants. Je parlerai en tout premier lieu des dents.

L’hygiène dentaire est, actuellement, entrée dans les masses, et le temps n’est plus où les soldats se servaient de leur brosse à dents pour astiquer les boutons de leur capote. Dès le jeune âge, dans les écoles comme dans les familles, on habitue les enfants à se brosser les dents, et il ne pas avoir peur du dentiste. Les malformations dentaires sont corrigées par des appareils spéciaux, dont le principal est le Monobloc du Docteur Pierre Robin. C’est qu’on ne se figure pas, dans le public, l’importance qu’ont les dents mal placées dans les mâchoires, ce qu’on appelle scientifiquement dysmorphoses, pour le développement physique et intellectuel de l’enfant. Vous les connaissez tous, ces sujets, qu’on appelle couramment adénoïdiens, aux dents irrégulières, à la voûte palatine ogivale, au menton en retrait ou en « galoche » ; chétifs, malingres, se développant mal, ils restent asthéniques, déprimés, en retard sur tout. La tête en avant, les épaules en dedans, ils sont des candidats à la tuberculose, préparée par des rhumes constants. La mastication qu’ils effectuent la bouche ouverte leur occasionne de l’aérophagie ; aussi sont-ils plus ou moins atteints d’entérite et d’infection gastro-intestinale, où l’appendicite prend une place importante. Leurs études sont retardées, leur caractère nonchalant et souvent coléreux : dans l’ensemble, ce sont des enfants difficiles à élever et donnant beaucoup de mal aux parents. (Dr P. Robin.)

Que voulez-vous que de tels sujets deviennent dans la vie ? Ne seront-ils pas toujours des impedimenta sociaux, traînant avec eux leurs tares et les vices inhérents à leur déchéance physiologique ?

Grâce au traitement et à l’appareil du Dr Pierre Robin, grâce à cette méthode qu’il a appelée l’Eumorphie, il arrive à faire de ces pauvres êtres tarés, disgraciés, condamnés à traîner une vie sur laquelle auront prise toutes les maladies et diathèses possibles, de ces malheureux, dis-je, il fera des sujets sains, normaux, armés pour la lutte physique et morale, sentant leur intelligence, autrefois atrophiée, s’éveiller de jour en jour aux idées saines et grandes, et parvenant ainsi à être des hommes, dans le sens le plus noble du mot.

À ces corrections thérapeutiques des anormaux, on peut joindre les exercices physiques qui ont pris une très large place dans l’éducation infantile moderne. Les institutions scoutes, réunissant des milliers d’enfants et de jeunes gens des deux sexes, apportent, par l’entraînement physique bien réglé, une contribution immense à la prophylaxie de tous nos maux.

Dans le même ordre d’idée, les danses eurythmiques, très en honneur dans toutes les classes de la société, apportent au corps une liberté, une souplesse, une élégance dans les gestes et la démarche qu’on ne