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gouverna par la suite en dictateur. Faite au nom de la liberté, cette première révolution avait surtout profité à un chef ambitieux. Une seconde révolution éclata en 1688. Chassé par ses sujets, Jacques II chercha un refuge en France ; Guillaume d’Orange et sa femme furent proclamés roi et reine, après avoir promis de respecter les droits du peuple anglais, tels que le parlement les avait définis. Cette insurrection nouvelle fit prévaloir en Angleterre le régime constitutionnel et la religion protestante. Au xviiie siècle, le parlementarisme s’installera en maître sous la dynastie hanovrienne, par la seule force de l’habitude.

Le développement de la philosophie et de la science modernes, aux xviie et xviiie siècle, doit être signalé. Avec Descàrtes, Bacon, Spinoza, la raison s’insurge contre la tradition des écoles et la philosophie léguée par le moyen âge ; i’évidence remplace l’autorité d’Aristote comme critérium de la vérité ; la théologie n’est plus l’oracle toujours écouté qui décide en dernier ressort. Newton, Huygens donnent une nouvelle impulsion à la physique ; Denis Papin découvre le principe de la machine à vapeur, à la fin du xviie siècle ; Lavoisier, au xviiie mérite le nom de créateur de lu chimie moderne. On pourrait citer bien d’autres savants fameux. Ce goût pour la philosophie rationaliste et les recherches expérimentales annonce l’époque contemporaine ; il explique l’œuvre de Voltaire et des Encyclopédistes.

Nous laissons à d’autres le soin de parler de la révolution française de 1789 et des révolutions survenues depuis. Mais rappelons, en terminant, que le soulèvement des colonies anglaises d’Amérique put dans une certaine mesure servir de modèle à la révolution qui éclata chez nous. En 1776, les États-Unis proclamèrent leur indépendance ; ils soutenaient alors contre leur métropole une guerre qui devait se prolonger jusqu’en 1783. La constitution qui, aujourd’hui encore régit cette nation, entra en vigueur le 4 mars 1789. Nous ne pouvions étudier en détail chacune des grandes secousses que nous avons signalées. Pourtant, de l’examen rapide que nous en avons fait, il ressort clairement que les révolutions humaines ne se produisent pas selon un type uniforme et qu’elles ne sont pas nécessairement sanglantes, mais qu’elles ont d’ordinaire le tort capital de n’envisager qu’une libération partielle de l’être humain : tantôt religieuse, tantôt politique, tantôt économique, tantôt intellectuelle ou morale. Or, pour faire œuvre vraiment rédemptrice, une révolution doit tendre à la libération complète de l’être humain tout entier. Plusieurs d’entre elles néanmoins furent bienfaisantes et méritent d’être louées. — L. Barbedette.


RÉVOLUTION FRANÇAISE. Nous ne tenterons pas, ici, l’histoire détaillée de de formidable événement politiqué et économique que fut la Révolution française.

D’innombrables voiumee ont été écrits sur cette époque mouvementée. Il nous suffira de l’analyser dans ses causes et ses effets, en indiquant les incidents les plus essentiels et en marquant son caractère profond.

Nombre d’auteurs ont eu le tort très grave d’examiner là Révolution française et de la juger selon leurs conceptions philosophiques et politiques. D’autres n’ont vi qu’une sorte d’imagerie d’Epirial, s’attachant aux faits auxquels ils donnaient une interprétation romantique. C’est ainsi que nous avons des historiens de gauche — aujourd’hui dédaignés — tels que Alphonse Esquiros (Histoire des Montagnards), ou Villiaumé qui, le premier, osa la réhabilitation de Jeun Paul Marat, l’Ami du Peuple, ou, encore, Louis Blanc et Ernest Hamel, tous deux robespierristes. Mais, les historiens réactionnaires, détracteurs de la Révolution, sont légion, depuis ceux de la Restauration jusqu’à M. Louis Madelin, et, plus récemment, Pierre Gaxotte. Quant à Michelet, en dépit de sa parfaite connaissance des faits, il


apparaît comme le plus romantique, et bien de ses jugements ont dû être révisés.

Le véritable historien de la Révolution française est Albert Mathiez, infatigable chercheur, qui, à la lumière des documents, a su situer, dans leur pure vérité, les hommes et les événements ! En même temps, Mathiez s’attachait à la recherche des causes économiques qui, seules — en dehors des concepts philosophiques rivaux — fournit l’explication du drame révolutionnaire.

L’économie, en effet, est à la base du mouvement qui commence à se dessiner vers les débuts de 1789. Depuis des années, ce ne sont que plaintes et récriminations, particulièrement dans les campagnes où les paysans, accablés de dîmes, connaissent la misère atroce. De plus, les caisses royales sont vides et Mirabeau crie à la banqueroute. On sent que le vieux monde monarchiste est sapé. L’État s’affaiblit. Le Roi et sa cour ne comprennent absolument rien à la situation. D’autre part, le régime corporatif fait peser son oppression sur le inonde ouvrier naissant, et le machinisme, venu d’Angleterre, risque son apparition. On commençait à exploiter le charbon, à fonder des usines métallurgiques (Le Creusot), des soieries (Lyon). Les industries du coton, de la laine, du fer, du sel, étaient en marche. Toute une petite bourgeoisie industrielle se créait.

Mais c’est surtout le monde paysan qui souffre. Tout un système abominable d’impôts l’accable et les grands seigneurs, comme les hauts dignitaires de l’Église vivent sur lui, hissés sur des privilèges arrogants. Ajoutons à cela des bataillons de robins, vivant uniquement des chicanes et dépouillant le paysan.

Au-dessus, des pensions multiples allant aux maisons royales et princières, un budget mal équilibré, des dépenses exagérées, des emprunts continuels. Voilà pour les causes économiques. Mais il ne faut pas négliger l’influence des philosophes et des encyclopédistes du xviiie siècle. J.-J. Rousseau, Montesquieu, Voltaire agissaient profondément sur les esprits, particulièrement dans les rangs de la bourgeoisie éclairée, du petit clergé et de la petite noblesse de robe. A côté de ces trois grands destructeurs, la multitude des pamphlets, des libellés accusateurs, dévoilait la pourriture d’un régime et suscitait les colères.

Le point de départ du mouvement, c’est, au fond, la révélation du déficit, après le départ du Genévois Necker et l’entêtement du gouvernement royal à persister dans ses errements. Le parti parlementaire commence à se dresser contre la Cour. En province, l’autorité se révèle, un peu partout, comme défaillante. Des manifestations bruyantes sont annoncées dans toutes les grandes villes. Des pamphlets surgissent de tous côtés. Des clubs (un mot nouveau) se fondent. Le premier en date, c’est le Club des Trente, qui se réunit chez Dupont, et où l’on rencontre Mirabeau, Siéyès, Condorcet et d’autres. Et, enfin, voici les fameux cahiers de doléances qui pleuvent. Ces cahiers, venus des campagnes, sont rédigés par des magistrats de province et des curés. Il n’est que de les consulter, d’un bout à l’autre du pays ; ils traduisent le mécontentement et les aspirations du petit peuple.

On décide alors la convocation des États Généraux et les élections ont lieu. Vers la fin avril, les députés arrivent à Versailles. La Révolution fait ses débuts. Car, à Paris, c’est le triomphe des agitateurs qui se retrouvent au Palais-Royal. Les clubs, dans cette enceinte, se multiplient. Des mutineries éclatent de-ci, de-là. Les députés de la droite de l’Assemblée se sentent menacés et en appellent au Roi qui ne fait rien pour les rassurer. On sent que de graves événements se préparent.

Surviennent les journées de juillet. Nous ne les conterons pas en détail, avec l’appel de Cainille Desmou-