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La famine allait s’accentuant. Les queues reprenaient aux portes des boulangers. Les deux Comités ne sat lient où donner de la tête. Brillaud-Varenne et Collot d’Herbois, le 27 juillet, faisaient voter le décret sur l’accaparement. C’était un premier pas vers une sorte de collectivisme d’État. Les denrées de première nécessité passaient dans les mains des autorités. Les Enragés triomphaient.

C’est alors que les Dantonistes commencent à s’agiter et que se constitue la fraction des Indulgents. Le Comité est sourdement attaqué et il n’échappe que grâce au concours de Robespierre, qui le défend courageusement. Le Comité, en effet, est pris entre deux feux. Enragés et Hébertistes d’une part ; Indulgents de l’autre. Et la crise touche à son maximum durant le mois d’août. Des mesures implacables sont prises. Les boulangers sont placés sous la surveillance des communes ; on réquisitionne leurs fours, on condamne aux travaux forcés ceux qui refusent de travailler. Le 10 août, les Fédérés accourent de tous les coins de France pour assister à la fête. On redoutait leur influence. Mais, dès les premiers jours, ils se rallièrent aux Jacobins, soutinrent le Comité. Ils réclamaient la levée en masse. Tous les Français furent réquisitionnés. C’était la première fois que l’on voyait une nation entière debout pour la guerre.

Il faut noter la bienfaisante influence qu’avaient alors les Hébertistes. Certes Hébert n’était pas un esprit politique supérieur. Il prêchait la guerre à outrance Son ami Bouchotte, le seul ministre de la guerre de la Révolution, le soutenait, expédiant des agents et des représentants aux armées pour surveiller les généraux. Hébert écrivait : « La patrie, foutre, les négociants n’en ont point. Tant qu’ils ont cru que la Révolution leur serait utile, ils l’ont soutenue, ils ont prêté la main aux sans-culottes pour délivrer la noblesse et les parlements, mais c’était pour se mettre à la place des aristocrates ». Même langage que celui des Enragés. De plus, Hébert commence à accuser Danton et ses amis. Le tribun est parti se reposer, a Arcis-sur-Aube, où il s’occupe d’achats de propriétés. Là-dessus, on apprend que Toulon est aux Anglais. Billaud-Varenne, à la Convention, dénonce la faiblesse du Comité. Les sections se réunissent et siègent toute la nuit. Les ouvriers s’assemblent.dans les rues, marchent sur la Commune où Chaumette s’efforce de les calmer. Le mouvement paraît irrésistible. Alors Convention et Comités cèdent. On décrète l’arrestation des suspects, l’accélération du tribunal révolutionnaire et un certain nombre de mesures. On décide, en outre, d’adjoindre trois nouveaux membres au Comité : Billaud-Varenne, Collot d’Herbois, Danton. Ce dernier refuse. Mais avec les deux premiers, c’est l’hébertisme qui prend sa part du gouvernement dictatorial.

La Terreur est, désormais, en marche. La loi des suspects est votée en septembre. Le Comité de Sûreté Générale est placée sous la dépendance du Comité de Salut Public. Le maximum, tant réclamé par les Enragés, devient une réalité.

Aux frontières, de nouveaux généraux, des jeunes sortis du peuple : Hoche, Jourdan, Pichegru repoussent l’ennemi à Hondschoodt, à Wattignies, Carnot entre au Comité, réorganise l’armée, les cadres. Le Comité se sent fort. Il réclame, le 25 septembre, la dictature pour « sauver la Patrie ». En octobre, il a montré de quoi il était capable.

Mais les Dantonistes ne le lâchent pas. La bagarre va s’engager. Seulement, Robespierre commencera par les Hébertistes. Déjà, il s’est débarrassé des Enragés, décapités par l’exécution de Jacques Roux et cela, avec l’aide d’Hébert. Saint-Just, de son côté, assure l’application du maximum, fait créer une sorte de tribunal spécial pour que rendent gorge les fournisseurs et tous ceux qui, depuis 1789, avaient manié les deniers pu-


blics. Les commerçants résistèrent. On les menaça d’expropriation. Ainsi, on touchait au collectivisme. L’État s’occupait de la répartition des marchandises et denrées. Il s’emparait de la production agricole et industrielle, des transports, des mines, des manufactures, de l’importation et de l’exportation. La Révolution politique tournait à la Révolution sociale.

Mais c’est la dictature qui vient couronner les efforts du peuple révolutionnaire. Cette dictature, il faut bien le reconnaître, est indispensable et le peuple le sent. Il y a trop de fripons, de tripoteurs, de nouveaux riches, de conspirateurs, d’agents de l’étranger qu’il faut traquer, détruire, sous peine ue voir sombrer la Révolution. Aussi s’occupe-t-on, avec un soin particulier, d’organiser la justice révolutionnaire. Dures extrémités, certes, et que nous concevons fort mal aujourd’hui. Mais il faut se reporter à l’époque. C’était la bataille sans merci. La Révolution contre une légion d’adversaires déclarés ou sournois. Et une Révolution qui transformait la situation économique, œuvrait pour les classes populaires, se débattait parmi de terribles difficultés économiques et financières dont elle n’était nullement responsable, puisque c’était la banqueroute monarchiste dénoncée par Mirabeau qui l’avait suscitée.

Le moment était singulièrement choisi pour se dresser contre le Comité et parler d’indulgence. C’est ce que firent cependant les amis de Danton, pour la plupart des coquins enrichis, capables de toutes les trahisons. Ils avaient nom : Fabre d’Eglantine, aventurier sans scrupules et faussaire ; Chabot, tripoteur, ami du fameux royaliste, baron de Batz ; Westermann, soudard pillard et voleur, dénoncé par Marat. Basile, Delaunay, Delacroix, le banquier Frey, etc. Tous ces gens là étaient compromis dans les affaires les plus louches, notamment celle de la Compagnie des Indes (voir là-dessus le volume d’Albert Mathiez), Danton, lui-même, était convaincu de vénalité. Rendant ses comptes devant ses collègues, il avait été flétri par Cambon et s’était retiré sous le mépris général. Pas de personnage plus surfait que l’homme de l’audace, toujours de l’audace qui, au fond, n’était qu’un couard. On ne le voit participer à aucun mouvement populaire sérieux. Il n’est pas à la prise de la Bastille ; lui qui est l’oracle de sa section, on ne le voit pas au 10 août, auquel il ne participe en rien. Mais, arrivé à Paris sans un sou, il est devenu un des plus riches propriétaires de son département. C’est ce qu’Hébert ne se lasse pas d’écrire et de hurler. Quant à Camille, plus léger que coupable, il n’en a pas moins des relations suspectes.

Pourtant Robespierre et le Comité les ménagent. Ils ont besoin des Indulgents pour en finir avec les « ultra », où se glissent de singuliers révolutionnaires. Hébert, sottement, croit pouvoir entrer en lutte contre le Comité. Il appelle ses fidèles des Cordeliers à la révolte, fait voiler le buste de la liberté en signe de deuil. Mais le Comité était prévenu. Il charge Collot d’Herbois d’une démarche de conciliation auprès de Carrier, le noyeur de Nantes, âme de la révolte. Les Cordeliers font amende honorable, à l’exception du fougueux Vincent. La nuit du 23 au 24 Ventôse, les chefs hébertistes sont arrêtés. Leur procès se déroule en Germinal ; ils sont condamnés à mort. Malgré tout, le Comité, en état de légitime défense, en épargne le plus’possible. Carrier est mis en liberté. Boulanger, Pache ne sont pas poursuivis. Mais c’était déjà trop d’Hébert, de l’énergique Ronsin, de Vincent, de Cloots. La Révolution s’amputait de ses meilleurs membres. Le malheur, est que les rivalités des hommes, les rancunes, les vanités ne pouvaient aboutir à d’autre solution.

Restaient les Indulgents. Camille Desmoulins publiait, coup sur coup, les numéros de son Vieux Cordelier qui allaient réjouir les royalistes et contre-révolutionnaires. Billaud-Varenne demande la tête de Dan-