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Shakespeare par A. de Vigny, consacrèrent sa victoire définitive au théâtre (Voir ce mot). Le romantisme apporta dans la poésie française une abondance et un éclat incomparables qui se transmirent durant tout le siècle aux écoles dérivées de lui, celles des Parnassiens et des Symbolistes. Lamartine, V. Hugo, Vigny, Musset, Th. Gautier eurent de dignes continuateurs en Leconte de Lisle, Baudelaire, Banville, Verlaine. Le romantisme avait vaincu.

Sa victoire se compléta dans les arts. Le romantisme artistique sortit d’un groupe formé autour d’Hugo et que fréquentaient entre autres Corot et Rousseau. Il avait commencé par une réaction puritaine du classicisme contre la peinture mondaine du XVIIIe siècle. Les Brutus et les Gracchus de la Révolution avaient déclaré la guerre aux Boucher, Van-Loo, Fragonard, et autres « pornographes », peintres d’une « société corrompue ». Les vertus romaines devenues à la mode, en attendant de devenir les vices de la décadence du Directoire, avaient inspiré l’œuvre de David et de son école. D’une fausseté absolue dans sa conception, cette œuvre n’avait pris son importance que du très grand talent de David. De cette école même sortit la première manifestation de la peinture romantique avec les Pestiférés de Jaffa, de Gros, en 1804. Celui-ci, sur les objurgations de David, n’osa pas continuer dans cette voie. Il fut victime de sa pusillanimité au point qu’il se tua. Le Radeau de la Méduse, de Géricault, en 1819, fut plus nettement de réaction anticlassique ; on peut dire qu’il commença le réalisme dans la peinture. La guerre éclata dans le domaine de l’art comme dans celui de la littérature. Les exaltés du romantisme ne virent plus dans David qu’un copiste de l’antique et, dans l’antique, qu’une matière froide et inactive. La peinture romantique trouva dans Delacroix son Hugo. Comme lui, Delacroix dépassa l’école et s’éleva aux hauteurs humaines. Les classiques furent alors définitivement battus et les plus vastes perspectives s’ouvrirent, non pour l’art romantique, mais pour l’art naturaliste incomparablement supérieur (Voir Peinture).

L’art romantique fut dominé par la littérature ; elle l’empêcha de donner toute sa mesure. Le décor des phrases nuisit au décor de la peinture. Il en fut de même en musique. Berlioz, qui avait l’âme d’un préromantique et le génie musical d’un Mozart, voulait la liberté pour la musique comme pour les autres arts ; il fut le plus révolutionnaire des musiciens. Il fut incompris comme l’avait été Mozart, et ils continuent à l’être tous deux (Voir Musique). Le romantisme se plaisait aux truquages mélodramatiques des Meyerbeer ; l’âme profonde de la musique, celle de Berlioz, comme d’ailleurs celle de Beethoven, lui resta étrangère.

Toute une jeunesse bruyante qui mêlait les aspirations littéraires, artistiques et politiques, formait les « Jeune France » qui s’étaient ralliés autour du gilet rouge de Th. Gautier à la bataille d’Hernani. Il en sortit cette bohème parfois sublime, mais hétéroclite, qui dirait plus tard, avec Degas : « De mon temps, on n’arrivait pas ! » Elle produisit les excentriques, les irréguliers, les en-dehors du romantisme, quand il « arriva » de plus en plus, ayant conquis les Académies et les Salons, les prix et les décorations. On vit une foule de sous-romantiques médiocres chercher dans l’outrance l’effet qu’ils ne pouvaient produire par un vrai talent. Pour un poète délicat comme Aloysius Bertrand, auteur de Gaspard de la Nuit, on vit une quantité d’Emile et Antony Deschamps, de Rességuier, d’Hegésippe Moreau, de Briffault, de Pelloquet, de Laurent Jan, de Charles Lassailly, de Pétrus Borel, de Philothée O’Neddy, de Mac-Kent, de Destombet. Ils apportèrent dans la poésie et le roman une variété intéressante, mais surtout, ils semèrent la terreur et l’ahurissement. « Sans la lycanthropie de Pétrus Borel, il y aurait eu une lacune dans le romantisme », a dit


Baudelaire. Le jeune Escousse, trop louangé à sa première œuvre, ne voulut pas survivre à l’échec de la seconde et se tua. Arvers, moins exalté, vécut sur la réputation d’un sonnet et se livra modestement à la fabrication vaudevillesque. Aucune époque, sinon la nôtre qui la dépasse dans le genre, ne fut plus hyperbolique, plus riche en hommes de génie qui se dégonflaient comme des baudruches, plus comblée d’ambitieux et de ratés. Ceux-ci furent alors, beaucoup plus qu’aujourd’hui, « les tombés d’un trop haut idéal », comme disait Catulle Mendès. C’est pourquoi leur époque valut mieux que la nôtre dont l’idéal est par trop plongé dans les latrines utilitaires que raillait Th. Gautier. Les excentriques, « grands dépendeurs d’andouilles », « aboyeurs à la lune », « refileurs de comètes », « avaleurs de brouillards », du romantisme, exagérèrent tout ce qu’il portait en lui de conventionnel, d’excessif, de caricatural ; et quand Ponsard arriva avec la réaction de ce qu’on a appelé le « bon sens », il n’eut pas de peine à montrer combien le décor romantique tombait en poussière. Seules demeuraient du romantisme les œuvres portant en elles la jeunesse et la beauté éternelles, celles de l’humanisme dans tous les temps.


En conclusion. Le romantisme a été une époque du grand mouvement humaniste qui se déroule à travers les siècles pour la liberté de la vie et de la pensée.

Il a eu deux périodes : celle du préromantisme, de la préparation pour l’avenir contre le passé ; celle du romantisme proprement dit d’un épanouissement artificiel, de la banqueroute, de l’incrustation dans le passé contre l’avenir.

Le romantisme était vainqueur avec la Révolution. Il devint conservateur avec la contre-révolution et se perdit dans des questions de forme, des rivalités de boutiques. Une fois de plus, la lettre tua l’esprit. Après avoir fait atteindre à la pensée la pureté des cimes, à l’espérance humaine les « forteresses de la liberté », il a capitulé, s’est retranché dans les formules creuses de « l’art pour l’art » et a fait redescendre l’esprit dans les profondeurs caverneuses, il lui a rivé de nouvelles chaînes. Il s’est abandonné au muflisme, au sabre, à tous les dogmes destructeurs de la liberté et de la dignité humaines. Aujourd’hui, il n’en reste qu’un virus malsain dans l’organisme social. Il dresse, comme des labarums, les insignes infâmes des Mussolini et des Hitler, comme il dressa ceux des Napoléon, le « grand » et le « petit ». Il attèle à leur char de triomphe les foules imbéciles et lâches qui pâturent leur substance intellectuelle et morale dans les stades, les arènes, les dancings, au cinéma, dans les lupanars, les casernes, les sacristies, la presse, partout où l’on ne pense pas, mais qui brûlent ou sont prêtes à brûler les œuvres du génie humain qui a voulu les libérer, en faire des hommes. Le « héros romantique » est plus répandu et admiré que jamais. Mais il a de plus en plus la silhouette grotesque et les agissements calamiteux du père Ubu, avec sa « gidouille merdreuse », son « crochet à phynance » et son armée de « palotins ». — Edouard Rothen


ROTATION (du latin, rotare : tourner). En mécanique, science des mouvements ; on appelle rotation, le mouvement circulaire d’un corps autour d’un axe invariablement fixe ou supposé tel. Le mouvement de la terre autour de son axe est un mouvement de rotation. Un mouvement de rotation peut être uniforme ou varié.

Dans le cas d’un mouvement uniforme, un point quelconque du corps décrit des arcs égaux dans des temps égaux. La petite aiguille d’une montre parcourt 30 degrés par heure ; elle parcourt donc en 6 heures, 6 fois 30 degrés ou 180 degrés.