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espèce, ou une autre plus intelligente, remplacerait les dieux morts à la tête de l’univers. Le physicisme biologique se propose de répondre, lui aussi, à un problème considéré, jusqu’à présent, comme foncièrement métaphysique, celui de la vie. Nous n’insisterons pas, le lecteur devant trouver, à l’article Plasmogénie d’amples renseignements sur ce sujet. Stéphen Mac Say s’occupe, avec beaucoup de dévouement, de l’Association Biocosmique qui s’intéresse aux plus mystérieuses recherches biologiques. Ajoutons que deux savants ont cru, ces dernières années, avoir résolu le problème des origines de la vie. Le silence s’étant fait, depuis, sur leurs découvertes, nous ignorons absolument ce qu’elles valent et n’en parlons qu’à titre documentaire. Le docteur G.-W. Crile, pouvait-on lire dans le Daily Mail du 10 décembre 1930, « un savant renommé de l’Association Clinique de Cleveland, a réalisé une créature vivante dans un tube à essais, « sans aucun parent » !… Des tissus cérébraux provenant d’un animal fraîchement tué furent réduits électriquement en cendres. De ce résidu, certains sels et d’autres éléments furent obtenus. A cette substance furent ajoutés de la protéine et divers principes chimiques. Le tout fut traité électriquement et aux yeux des savants apparut une chose douée des caractères d’une cellule vivante de protozoaire. Cette « chose » possédait le pouvoir de procréation par fusion ou divisions cellulaires. » On a de même annoncé qu’avec du protoplasma extrait de divers minéraux, tels que la craie, les roches calcaires, la poussière d’éponges, l’huile de foie de morue, W. Morley Martin, un Anglais, parvenait à produire des animaux vivants. Au dire de ce savant, la substance protoplasmique serait chose éternelle, indestructible, dont ni le temps ni le feu ne peuvent avoir raison. Nous manquons de renseignements pour nous prononcer sur les recherches du docteur Crile et de W. Morley Martin. Sont-elles sérieuses, ne le sont-elles pas ? Nous l’ignorons ; et, en pareil cas, la prudence s’impose. Nous savons, toutefois, que la raison et l’expérience arriveront, un jour, à nous éclairer pleinement. — L. Barbedette.


PHYSIQUE n. f. (du grec phusis, nature). Alors que la mathématique a pour objet des créations abstraites de l’esprit, la physique, dont la chimie est aujourd’hui inséparable, étudie des réalités extérieures et sensibles, les phénomènes du monde inorganique. Et, comme ces réalités s’imposent à nous, il est indispensable de recourir à l’expérience pour les connaître scientifiquement. C’est Bacon qui, répudiant les conceptions finalistes chères à la physique de son temps, eut le mérite de proclamer avec force qu’il fallait renoncer à imaginer un monde conforme à nos désirs, pour observer les phénomènes avec précision et impartialité. La nature ne livre ses secrets qu’à ceux qui l’interrogent ; elle reste indéchiffrable pour quiconque s’en détourne et ne l’écoute pas. Descartes demandait, au contraire, que la méthode de la physique soit calquée sur celle des mathématiques. Persuadé que l’univers, en son fond, est quantité pure, que les données qualitatives dépendent du corps et des organes des sens, il accordait au raisonnement déductif une place de premier ordre. Toutefois, l’expérience conservait un double rôle : c’est elle qui posait les problèmes et c’est elle qui permettait de choisir entre les différentes solutions offertes par le calcul mathématique. Longtemps, la tendance expérimentale l’emporta. Si les mathématiques sont commodes pour formuler avec précision les lois découvertes, remarquait Newton, la découverte elle-même est le résultat de l’observation. Au cours des xviii- siècle et xixe siècle, beaucoup de physiciens s’attachèrent à l’étude des faits, à la découverte de phénomènes encore ignorés, se bornant à transformer, dans la mesure du possible, les lois qualitatives en lois quan-


titatives d’un usage plus facile pour les applications pratiques. Puis l’on s’aperçut qu’il s’agissait, en bien des cas, de mouvements et d’ondes ; à l’origine du son, comme de la lumière, comme de certains phénomènes électriques, on trouve les vibrations d’un milieu approprié. Ainsi nous arrivent du soleil, sous forme ondulatoire, lumière, chaleur, électricité et peut-être cette force mystérieuse qu’on nomme l’attraction. Tout se meut, rien n’est inerte, au sens où l’on employait autrefois ce mot. Dès lors la mesure intervient pour déterminer les fréquences, les amplitudes, etc. ; la mécanique acquiert une importance primordiale et les formules algébriques se multiplient. Certaines parties de la physique ont aujourd’hui un caractère mathématique très accentué. Mais, comme le faisait déjà remarquer Leibniz, les mathématiques comportent une multitude de combinaisons possibles, seule l’expérience permet de distinguer celle qui est réelle de celles qui ne le sont pas. « Les limites mêmes, écrit Meyerson, entre ce à quoi nous devons attribuer une existence dans le sens physique, et les concepts qui ne sont que d’essence mathématique, nous sont inconnues ; parmi ceux que nous classons, à l’heure actuelle, dans cette dernière catégorie, il peut certainement y en avoir qui demain serviront à des explications en matière de physique. Par le fait, MM. Weyl et Eddington, dans leur tentative d’élargir les cadres de la théorie formulée par M. Einstein en y englobant les phénomènes électriques, ont manifestement recouru à une telle transformation du mathématique en physique. Ces tentatives, ou des tentatives plus hardies peut-être encore dans l’avenir, sont-elles destinées à réussir, c’est-à-dire à prévaloir dans l’esprit des hommes compétents et à s’installer à demeure dans la science ? Cela dépendra de la force explicative de ces déductions et, plus encore sans doute, de la manière dont pourra s’établir l’accord entre leur aboutissement et les résultats d’expériences nouvelles. Donc, en définitive, tout dans cet ordre d’idées dépend de la marche du savoir expérimental, rien n’étant prévisible a priori. » Ainsi l’expérience gardera toujours une place nécessaire en physique : nous avons précisé son rôle à propos de l’observation (voir ce mot). Il nous reste à montrer comment de la constatation des faits l’esprit s’élève à l’affirmation des lois. Déterminer la cause des phénomènes, c’est-à-dire leur antécédent nécessaire et suffisant, telle est la principale préoccupation des sciences physiques ; cette détermination accomplie, l’on peut exprimer les rapports qui relient antécédent et conséquent, formuler des lois. On suppose alors que chaque événement requiert des conditions précises, que, dans des circonstances identiques, les mêmes antécédents seront toujours suivis des mêmes conséquents. Le principe du déterminisme soutient l’édifice des lois physiques. Mais la découverte des causes est difficile. Nos sens ne perçoivent pas le lien causal ; ils nous présentent des successions de faits, sans nous renseigner sur la nature des rapports qui les unissent. J’attribue à la chaleur l’ébullition de l’eau, la dilatation du fer ; l’expérience me montre seulement des phénomènes qui se succèdent, en aucune façon je ne saisis l’action de la chaleur, soit sur l’eau, soit sur le fer. De plus, chaque conséquent est précédé d’une multitude de faits qui s’enchevêtrent et s’amalgament ; rien ne distingue la cause véritable noyée au sein des autres antécédents. Et nous sommes incapables de réaliser un vide complet où chaque phénomène, introduit séparément, produirait les effets qui lui sont propres. L’isolement total d’un antécédent est, pour nous, chose irréalisable en pratique ; mais grâce au raisonnement, des expériences successives permettent d’aboutir, par élimination, à la coïncidence solitaire entre le phénomène-cause et le phénomène-effet. « Or, si une coïncidence, même répétée, constante et variée, ne suffit pas dit Rabier, à prouver rigoureusement la causalité, quand