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La fonction étant créatrice de l’organe et son rythme commandant en définitive ses possibilités, l’intégralité de cet organe, la plénitude de ses moyens sont sous la dépendance du mouvement fonctionnel. Un parallélisme étroit contrôle et régit cette solidarité, un pendule commun règle l’amplitude de leurs oscillations. Il convient donc de restituer aux organes humains, sous peine de voir s’accentuer leur décrépitude, l’activité appropriée à leur destination première, à leur raison spécifique.

Les anciens l’avaient fort bien compris Chinois, Indous, Perses, Grecs et Romains, ces derniers et avant-derniers surtout, moins éloignés que nous cependant d’une existence naturelle, mais prévoyant le danger d’une expectative portée à la hauteur d’un principe, instituèrent des méthodes d’éducation physique, dont la valeur, si nous en jugeons par les œuvres splendides enfantées par le génie des Praxitèle, des Polyclète, des Lysippe, ne le cédait en rien aux méthodes actuelles les plus éclairées. Palestres, thermes, gymnases étaient assidûment fréquentés par une foule avide de maintenir en bonne harmonie l’élégance des formes et le bien-être physique. L’invasion des barbares pulvérisant les civilisations grecques et romaines, puis le moyen âge obscurantiste vinrent étouffer ces élans vers l’utile et le beau. Après plus de mille ans d’interruption, le xixe siècle s’illustra par une rénovation des principes culturistes. Avec Iahn en Prusse, Ling en Suède, puis Amoros en France, réapparurent les exercices corporels. En deçà et au delà du Rhin, la gymnastique d’agrès prévalut. Mieux avisé, le Docteur Ling s’inspira des exigences anatomiques pour rationaliser l’exercice.

Puis ce furent les sports athlétiques qui, avec leur brutal esprit de compétition et leur hantise des performances, dépassèrent le but érigé par l’éducateur éclairé. Pratiqués avec modération et une intelligente progression, expurgés de leur pratique de violence, les sports sont d’excellents moyens de développement et d’entretien physique. Mais ils ne sont guère accessibles qu’à la jeunesse, parce qu’ils nécessitent généralement des endroits spécialement aménagés et fort éloignés de l’habitat de chacun. Et parce que, surtout, ils exigent une préparation physique préalable, si l’on ne veut pas qu’ils risquent d’être plus dangereux qu’utiles. Mais il est facile de pallier à ces inconvénients de l’âge et du lieu, en s’imposant quotidiennement et méthodiquement, chez soi, un nombre déterminé d’exercices variés. Le résultat tangible est une régénération partielle ou totale, selon les cas, pour ceux atteints d’insuffisances fonctionnelles. Pour les rares privilégiés pourvus d’une impeccable santé, c’est la garantie d’un rassurant statu quo.

La physiologie nous enseigne qu’une masse musculaire en action est le siège de phénomènes congestifs (afflux sanguins) consécutifs à l’effort suscité. Les parties intramusculaires témoignent d’échanges intensifs inaccoutumés. L’oxydation profuse active les combustions, et l’élimination résiduelle s’organise avec une ampleur inconnue de la masse assoupie. L’activité, lorsqu’elle est méthodiquement dosée en fréquence et en tonalité, en intensifiant le phénomène de la nutrition, accroît la section musculaire et sa puissance dynamique, laquelle se traduit par une aptitude croissante à l’effort. La graisse parasitaire qui enrobe les fibres musculaires ne résiste pas au traitement. C’est donc en soumettant alternativement ou simultanément, d’après les nécessités anatomiques et physiologiques, les différents organes à des exercices spécifiques qu’il est possible de régénérer les anormaux et de cuirasser les autres contre la déchéance.

Evidemment — nous ne saurions trop le répéter — la culture physique n’est pas une panacée. Dans bien


des cas, elle serait inopérante sans le concours des autres modalités hygiéniques. Mais leur combinaison énergiquement appliquée garantit le succès de cures inespérées.

La ptose gastro-intestinale, par exemple, si fréquente aujourd’hui, résulte d’un relâchement de la paroi musculaire abdominale, agent normal de contention des viscères stomaco-intestinaux ; elle est facilement réductible par l’application d’exercices abdominaux conjugués avec un régime alimentaire rationnel. La constipation la plus rebelle est justiciable du même traitement.

L’exercice respiratoire provoque les plus heureux effets. Il soumet le diaphragme à une gymnastique très active et exerce une véritable suroxygénation du sang. Mais il faut veiller à ce que les inspirations profondes soient suivies d’expirations totales assurant une contractilité fréquente et régulière des alvéoles pulmonaires. L’alternance non respectée expose aux dangers de l’emphysème (Docteur Lewy).

D’après le Docteur Pauchet (Restez Jeunes), l’exercice respiratoire stimule vigoureusement la thyroïde qui régit le métabolisme. Elle accroît la capacité thoraço-pulmonaire considérablement. Chez le sédentaire, dont les poumons fonctionnent au ralenti, les inspirations réduites n’insufflent de l’air pur que dans les régions intermédiaires. Les alvéoles de la base et des sommets ne connaissent ainsi le contact généreux du gaz vital. Etonnons-nous de la fréquence des lésions tuberculeuses observées dans ces régions déshéritées, qu’une abondante aération préserverait.

Les flexions et rotations du tronc assouplissent le corps et renforcent les muscles thoraciques et abdominaux. Ils exercent un véritable massage de l’estomac et du foie qui remédie à bien des défaillances de ces organes. La moelle épinière, ainsi que toutes les ramifications nerveuses qui s’irradient de l’axe central, bénéficient de ces divers mouvements.

Toute une gymnastique savante s’ingénie à corriger maintes déviations du squelette, des atrophies musculaires congénitales ou acquises, qu’une thérapeutique officinale n’avait fait qu’aggraver.

L’être humain n’a donc pas de meilleur serviteur que la gymnastique. Pour l’enfant et l’adolescent, elle est génératrice de vigueur, de souplesse, de santé, de joie, de beauté. Elle est, pour l’adulte, rectificatrice de malformations imputables au professionnalisme déformant, comme aussi de mille autres tares. Elle assure au vieillard une jeunesse prolongée et recule à l’extrême les limites de la vieillesse. Elle prépare un déclin sans décrépitude, la fin normale d’une lampe qui s’éteint.

La culture physique doit être pratiquée au grand air ou dans une pièce copieusement aérée et, si possible, ensoleillée, Qu’importe la saison ! Le nudisme — que l’accoutumance rend si aisé et si agréable — est de rigueur ou, à défaut, l’appareil vestimentaire le plus restreint (caleçon, culotte courte, ample et légère). Ceci pour permettre aux pores de la peau et aux glandes sudoripares d’accomplir leur tâche respiratoire et éliminatrice. Le corps entraîné s’adapte volontiers aux basses températures, surtout lorsqu’il est animé de mouvements rapides et ininterrompus. Ablutions totales, lotions circonstanciées, douches, laits, etc., s’intercaleront ou succèderont à chaque séance pour débarrasser l’épiderme de ses sécrétions toxiques. Dans leurs intervalles, les exercices seront accompagnés, puis suivis, de vigoureuses frictions concentriques à la main nue, puis au gant de crin. Leur action stimulante procurera les plus heureux effets.

L’heure du lever est préférable pour l’accomplissement de ce programme. Il précédera le petit déjeuner pour ne pas gêner la digestion. Mais, à défaut, n’im-